À Paris, un immeuble vide réquisitionné pour des sans-papiers

Depuis le 18 avril, un immeuble inoccupé du 9e arrondissement de Paris est investi par le collectif « La Chapelle Debout ! » et des dizaines de sans-papiers. Avec un objectif : réclamer un logement pour chacun et une régularisation pour tous.

Louis Heinrich  • 21 avril 2022
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À Paris, un immeuble vide réquisitionné pour des sans-papiers
© La façade de l'immeuble occupé.

L ’ambassade des immigrés ». L’image est limpide. Dans cet immeuble vide de la rue Saulnier, à Paris, dix nationalités cohabitent depuis le lundi 18 avril. « Immigrants lives matter », « Non au racisme ! Égalité ! » Ces slogans figurent sur des banderoles déployées aux fenêtres. Pour Malcom, membre de « La Chapelle Debout ! », le collectif à l’initiative du squat, il était temps d’agir : « Notre action est issue d’un long processus d’organisation, essentiellement avec des gens à la rue qui en avaient marre d’être harassés par la police, d’être pris en chasse entre Stalingrad, Pantin et autour de la porte de la Chapelle. » L’entreprise qui occupait les lieux a été radiée du registre du commerce et des sociétés en 2010 : sur les quatre étages de la bâtisse, les anciens bureaux ont été transformés en dortoirs pour accueillir environ quatre-vingts exilés. Le collectif compte bien s’approprier l’endroit et « s’en servir de base pour obtenir des logements et des papiers pour les réfugiés ». Et, à terme, le convertir en véritable centre social d’accompagnement des personnes exilées.

Au 17, rue Saulnier, tout se met en place petit à petit : « On transforme le rez-de-chaussée en espaces collectifs pour se réunir, organiser des permanences sociales et juridiques d’accompagnement ou des cours de français », détaille Malcom. À l’entrée de l’immeuble, un tableau tient sur deux feuilles A4. « Liste des besoins », peut-on lire en en-tête. Mobilier, hygiène, alimentation, bricolage : quand il s’agit de s’occuper de quatre-vingts hôtes, le mot d’ordre principal, c’est l’or-ga-ni-sa-tion. « On veut rendre possible une cohabitation entre des gens, indépendamment de leur nationalité et de leur situation administrative », confie Malcom.

« Être traités comme des Ukrainiens »

Filimon est arrivé d’Érythrée en août 2018. En presque quatre ans en France, il a travaillé deux ans et demi avec l’association Aurore. Son statut administratif ? Réfugié. Il y a un an, il refuse un logement partagé à cinq personnes parce qu’il aurait préféré un petit studio individuel. Il est radié de ceux pouvant prétendre à un logement social. Depuis, il dort dans la rue. Et quand il constate la mobilisation dont bénéficient les réfugiés ukrainiens qui fuient la guerre, il se dit que les choses sont possibles : « Si on compare, on s’aperçoit d’une différence de traitement. Nous, on veut juste être traités comme des Ukrainiens. »

© Politis

Filimon est l’un des premiers arrivés à « l’ambassade des immigrés ». Depuis lundi, il habite au 17 de la rue Saulnier. Et il aimerait que sa nouvelle adresse lui serve de tremplin : « Quand j’étais à la rue, je ne pouvais pas suivre de formation à Pôle emploi. Maintenant que j’ai un toit sur la tête, c’est possible. J’aimerais bénéficier d’un suivi social, apprendre mes droits et le français. Je vais pouvoir m’occuper seul de moi-même. »

Pour donner plus de poids à son action, le collectif « La Chapelle Debout ! » lance un appel à l’aide sur les réseaux sociaux. Un appel entendu. En marge de l’Inévitable Rébellion, sur les grands boulevards, une vingtaine d’activistes d’Extinction Rebellion sont venus prêter main-forte au squat, à quelques encablures de leur installation : _« On a été touchés par la situation. Donc on vient aider, pour soutenir “La Chapelle” et les exilés. Et on peut utiliser notre privilège blanc en cas d’arrivée des forces de l’ordre », raconte une militante. « À l’Inévitable Rébellion, on a été mis dans la lumière et on avait beaucoup de force. Ça nous paraît logique de répondre à l’appel », renchérit une autre. Et l’idée du squat serait « l’action écologique la plus parlante » : occuper un lieu vacant au lieu de construire ailleurs.

Société
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