Cette élection d’où vient tout le mal

Dans la Ve République, rassembler au mieux 20 % des électeurs inscrits peut suffire à ramasser la mise.

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Lundi 18 avril, dans un entretien à « Quotidien », Emmanuel Macron s’est adressé une nouvelle fois aux jeunes pour leur expliquer la règle d’une présidentielle. Au premier tour on choisit, au second on élimine, leur a-t-il rappelé en substance. Que cette norme génératrice de frustrations soit en vigueur depuis 1965 pour ce scrutin, comme elle l’est depuis plus longtemps encore pour les autres élections au suffrage majoritaire à deux tours (législatives et départementales), n’interdit ni de la questionner ni de la contester. Après tout, les traditions les mieux établies ont vocation à disparaître quand les circonstances qui les ont vues naître ne les justifient plus. Dans le contexte des années 1960, il s’agissait de renforcer la légitimité du président de la République face au Parlement. Mais la stabilité des institutions qui devait en découler a conduit à l’affirmation croissante des pouvoirs du premier au détriment du second.

Le résultat, on le connaît, et le quinquennat qui s’achève en offre une parfaite illustration : le président élu dispose de pouvoirs constitutionnels exorbitants qu’il n’hésite pas à employer pour imposer sa politique avec une grande violence, y compris par la répression policière qui en est l’aboutissement ultime. Face au gouvernement, son bras armé, l’Assemblée nationale n’est qu’une chambre d’enregistrement. La démocratie ne trouve plus à s’exprimer qu’une fois tous les cinq ans.

Dès l’élection du président de la République au suffrage universel, le vers était dans le fruit, remarquablement diagnostiqué par François Mitterrand dans Le Coup d’État permanent (1964). Hélas, parvenu au pouvoir, ce dernier n’a rien changé à la Constitution de la Ve République, dont il mesurait pourtant toute la dangerosité : « Les institutions étaient dangereuses avant moi, disait-il. Elles le seront après moi. » Pour cet héritage, on ne vous dit pas merci.

Un héritage qui dispense de disposer d’une légitimité forte pour jouir absolument du pouvoir que confère la Constitution à l’hôte de l’Élysée. Rassembler au mieux 20 % des électeurs inscrits peut suffire à ramasser la mise. Conscients que l’effet d’entonnoir du mode de scrutin en vigueur pour la présidentielle et les législatives ne permet pas au peuple de se sentir représenté et fait douter de la démocratie, les deux candidats résiduels se disent favorables à la proportionnelle. À condition qu’elle soit réelle – ce qui n’est pas ce que projette Mme Le Pen –, son instauration, qui n’interviendrait au mieux que dans cinq ans, ne changerait pas grand-chose tant que la concentration des pouvoirs entre les mains d’un président et son élection au suffrage universel subsisteront.


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