En Ukraine, le lourd tribut des anciens à la guerre

Isolées, affaiblies, peu mobiles, les personnes âgées sont souvent les dernières à quitter leur ville, malgré les bombardements ou l’occupation.

Hugo Lautissier  • 27 avril 2022 abonné·es
En Ukraine, le lourd tribut des anciens à la guerre
Près de 700 personnes ont trouvé refuge dans cette station de métro, à Kharkiv. n
© Hugo Lautissier

Boutcha, 50 km au nord-ouest de Kyiv. Sous une pluie battante, Nina tente de faire cuire des sardines dans une eau chauffée par quelques bûches. « Ce n’est pas pour moi, c’est pour les chats du quartier », explique cette petite femme de 83 ans, pourtant amaigrie, qui veille sur une dizaine de félins abandonnés par les voisins lors de leur fuite.

Dans cette ville martyre de 30 000 habitants, où l’occupant russe a laissé plusieurs centaines de cadavres dans son sillage, il n’y a plus ni électricité, ni gaz, ni eau courante. Les habitants cuisinent à même le sol, devant les immeubles. Quand ils ont de quoi manger. Pour Nina, qui a vécu isolée dans son appartement pendant un mois, il n’a jamais été question de quitter Boutcha. Malgré la présence angoissante des soldats russes, l’absence de nourriture et l’impossibilité de se déplacer dans les abris souterrains lors des bombardements. Partir pour aller où ? « Mon fils est moine, il habite loin et m’a demandé de quitter Boutcha. Mais je n’ai nulle part où aller. Je n’ai pas eu vraiment peur des Russes. Ce sont des barbares, mais pas au point de s’en prendre à une vieille femme. Ils ont pillé certains appartements de mon immeuble, mais ils ont épargné le mien. Je me suis contentée de suivre leurs consignes. Pour sortir, par exemple, il fallait porter un brassard blanc, sinon on pouvait être tué », raconte Nina.

Quelques rues

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

À Guadalajara, au Mexique, la lutte pour de « l’eau propre »
Enquête 11 septembre 2026 abonné·es

À Guadalajara, au Mexique, la lutte pour de « l’eau propre »

Dans la grande métropole de l’ouest du Mexique, les familles les plus modestes sont victimes de coupures régulières ou ne voient couler de leur robinet qu’un liquide répugnant, tandis que des résidences de luxe captent des ressources privées.
Par Florian Lefèvre
La Cisjordanie occupée, dans l’abîme
Analyse 9 septembre 2026

La Cisjordanie occupée, dans l’abîme

Violences physiques, incendies, destructions de champs d’oliviers, vols de bétails… Chaque jour, la liste des agressions commises par des colons israéliens s’allonge dans le territoire. Et aucune décision politique forte ne met fin à cette spirale de violences contre les Palestinien·nes.
Par Céline Martelet
Palestinien·nes réfugié·es en France : « Je m’étais forcé à ne plus y croire »
Témoignage 9 septembre 2026 abonné·es

Palestinien·nes réfugié·es en France : « Je m’étais forcé à ne plus y croire »

Discrètement et au compte-gouttes, les autorités françaises reprennent les évacuations de la bande de Gaza. Fin août, quarante-quatre personnes sont arrivées à Paris. Parmi elles, des lauréat·es du programme Pause. Ce dispositif de mise à l’abri de chercheur·ses et d’artistes était suspendu depuis un an.
Par Céline Martelet et Alexandre Rito
Au Caire, le silence devient un privilège de classe
Reportage 28 août 2026 abonné·es

Au Caire, le silence devient un privilège de classe

Dans la mégalopole où le bruit fait partie de l’identité collective, les plus riches achètent désormais ce que la ville offre de plus rare : du calme.
Par Rémi Guyot