Macron, pompier pyromane

Apprenti-sorcier, le président sortant a banalisé des thèmes d’extrême droite, et pourtant il faut écarter la tentation de l’abstention au deuxième tour.

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Avant d’envisager de se boucher le nez pour aller glisser un indispensable bulletin à son nom dans l’urne, le 24 avril, il faut en passer par la catharsis de lister toutes les raisons de détester Emmanuel Macron. Une purge nécessaire avant d’aller voter, malgré tout pour lui, dans cette troisième croisade anti-Le Pen en vingt ans. Si l’exercice est masochiste, il n’en est pas moins indispensable tant sa responsabilité est centrale dans la situation actuelle.

Candidat de la parole futile : il y a cinq ans, à peine élu, Macron promettait de « tout faire » pour qu’il n’y ait « plus de raison de voter pour les extrêmes ». En 2017, l’extrême droite culminait à 26 % au premier tour, la voilà à 32 %, et le score de Le Pen était projeté dimanche soir, a minima, aux alentours de 46 % au deuxième tour. Celle que Macron a désignée depuis des mois comme son opposante privilégiée, dans une prophétie autoréalisatrice l’exonérant d’entretenir tout débat digne de ce nom avec le reste de la classe politique, est désormais en mesure de lui disputer réellement l’Élysée. Une habileté d’apprenti-sorcier. Mitterrand avait lui aussi attisé l’extrême droite pour mieux se présenter en rempart, mais le péril ultime était alors inexistant.

Macron, qui affirme n’avoir « jamais banalisé l’extrême droite », n’a pas pipé quand le ministre de l’Intérieur, Darmanin, qualifiait Le Pen de « trop molle » pour vanter sa fermeté répressive, ni quand la secrétaire d’État El Haïry, entre autres, se répandait sur les périls fantasmatiques du wokisme et de l’islamo-gauchisme. Lui qui a inspiré près d’une loi par an sur la sécurité et contre les libertés, lui qui a laissé la répression policière s’abattre méthodiquement sur les manifestant·es et les migrant·es, lui qui a installé l’état d’urgence dans le droit commun au prétexte de lutter contre le terrorisme puis la pandémie de covid, lui qui a flatté la détestation de l’islam en définissant un « séparatisme » dans la loi, etc.

Cette politique, qui a banalisé des thèmes d’extrême droite, a d’autant plus fait la courte échelle à la représentante n° 1 de cette mouvance qu’elle a foiré partout : la politique migratoire est toujours aussi scandaleusement inopérante et déshumanisée, le maintien de l’ordre est devenu synonyme de violences policières, la fracture sociale s’est aggravée. Contrairement au débat de second tour de 2017, où il l’avait laminée, Macron offre désormais à Le Pen un bilan sur lequel taper allègrement. Au point de lui permettre de passer pour la protectrice des petites gens lésées par la perte de pouvoir d’achat.

Alors ça ressemble à de la maltraitance cognitive, mais il faut pourtant écarter la tentation de l’abstention, dans dix jours. L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir serait une tout autre catastrophe collective qu’une prolongation de la Macronie.


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