Dossier : Législatives : l'union, enfin !

Bruno Amable : « Le bloc bourgeois et l’extrême droite pourraient s’allier »

L’économiste Bruno Amable analyse les reconfigurations politiques qui pourraient s’opérer entre les trois blocs qui se sont dégagés de l’élection présidentielle.

Quelques mois avant l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, Bruno Amable et Stefano Palombarini ont eu une intuition. Certes, le fondateur d’En Marche a su constituer un « bloc bourgeois » en mobilisant des forces politiques du PS jusqu’au parti Les Républicains. Mais pour perdurer dans le temps, selon les deux économistes auteurs de L’Illusion du bloc bourgeois (éditions Raisons d’agir, 2018), il fallait ancrer ce bloc à droite. Cinq ans plus tard, force est de constater qu’ils avaient raison. La violence néolibérale, avec ses penchants autoritaires, a imprégné tout le quinquennat. Et elle marquera le second. Mais une variable a surgi : l’alliance des forces de gauche autour de l’Union populaire.

Une semaine après sa réélection sur fond d’extrême division du pays, Emmanuel Macron ne semble pas prendre au sérieux l’urgence démocratique et environnementale. Mais, vu son itinéraire politique, a-t-il seulement intérêt à cela ?

Bruno Amable : Ces problématiques ne sont pas centrales pour lui. Ce qui lui a permis d’unifier le « bloc bourgeois », c’est la question européenne. En revanche, l’environnement – et surtout après la signature de l’accord entre La France insoumise et Europe Écologie-Les Verts – ne représente pas un thème pour lequel il dispose d’un avantage comparatif. Il ne peut qu’être sur une position défensive. La fiche de poste qu’il a mentionnée pour son prochain Premier ministre – « attaché à la question sociale, environnementale et productive » – doit être comprise dans un cadre néolibéral. Sur ces sujets sur lesquels il n’est pas en pointe, Emmanuel Macron essaiera toujours de trouver des solutions fondées sur le marché.

En cela, les résistances des « éléphants » du PS, mais aussi de Yannick Jadot, à l’idée de rallier l’Union populaire de Jean-Luc -Mélenchon confirment-elles leur adhésion au bloc bourgeois ?

Oui. Yannick Jadot et consorts sont tout à fait compatibles avec le bloc bourgeois. Ils sont prêts à un compromis néolibéral et écologique. L’un parle d’innovation, l’autre d’environnement et hop ! ils s’entendent sur la nécessité de renforcer l’« innovation verte » et la « start-up décarbonée ». Il y a toujours la possibilité de créer un pacte plus ou moins bancal entre des aspirations néolibérales classiques et des préoccupations environnementales. Pour cela, il suffit, par exemple, de décréter que la lutte contre le réchauffement climatique est un marché comme un autre.

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