Gilles Vergnon et Nicolas Lebourg : « On convoque l’histoire mais on n’apprend pas d’elle »

L’antifascisme entend répondre à une menace, mais échoue à la définir vraiment. Un flou qui explique certains désaccords stratégiques. Gilles Vergnon et Nicolas Lebourg reviennent pour Politis sur ces notions idéologiques et ce qu’elles disent de nos égarements.

Nadia Sweeny  • 25 mai 2022 abonné·es
Gilles Vergnon et Nicolas Lebourg : « On convoque l’histoire mais on n’apprend pas d’elle »
À Toulouse, le 1er mai 2022.
© Frederic Scheiber/Hans Lucas/AFP

À l’heure où l’extrême droite semble exploser son plafond de verre politique et que les gouvernements successifs mettent à mal les libertés fondamentales, la gauche crie à la « fascisation ». Sommes-nous réellement en train de glisser vers une forme de fascisme ? La question mérite d’être posée tant elle conditionne la riposte que l’antifascisme cherche à organiser. Le fascisme, mot-valise qui convoque l’histoire européenne, est utilisé à tort et à travers. Il a pourtant une définition propre qui ne ressemble pas à ce que la gauche doit affronter. Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite, et Gilles Vergnon, spécialiste des gauches européennes et auteur de L’Antifascisme en France. De Mussolini à Le Pen (1) remettent les choses à leur place.

Gilles Vergnon, vous avez écrit que « l’antifascisme s’appuie davantage sur une position sentimentale que sur la vérité des faits » : qu’est-ce que cela signifie ?

Gilles Vergnon : L’antifascisme historique a été le pilier du Front populaire. À l’époque, la marche sur Rome de Mussolini, Hitler en Allemagne et Franco en Espagne donnent l’impression d’une marée épidémique (2) irrésistible aux frontières de la France. Toute l’analyse franco-française est donc surdéterminée par ces périls étrangers. Par conséquent, les manifestations de l’extrême droite du 6 février 1934 à Paris, vues des gauches, c’est une marche sur Rome qui a raté. La mobilisation est immédiate et considérable. Des centaines de comités sont créés dans l’urgence, notamment dans les petites localités rurales. C’est l’une des plus importantes vagues du XXe siècle. Le mythe mobilisateur est né.

À cette époque, le fasciste est vu comme « le Blanc éternel » –

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Politique
Publié dans le dossier
Recréer un front antifasciste
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers
Enquête 15 janvier 2026

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers

Cyrille Déchenoix, patron de Drop Intérim, fait campagne pour la mairie de Saint-Astier, en Dordogne. Pourtant cet ancien de l’UMP, déjà condamné deux fois pour prise illégale d’intérêt, est de nouveau visé par une procédure judiciaire. Cette fois, pour emploi de travailleurs sans papiers.
Par Pierre Jequier-Zalc
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Budget 14 janvier 2026 abonné·es

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.
Par Lucas Sarafian
Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »
Entretien 13 janvier 2026 abonné·es

Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »

Le spécialiste de l’extrême droite Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof, relativise l’impact politique du procès. Et estime que la possible accession de Bardella comme candidat ne provoquerait pas de guerre au sein du parti.
Par Lucas Sarafian et Maxime Sirvins
Mercosur : les vraies raisons du « non » de Macron
Parti pris 9 janvier 2026

Mercosur : les vraies raisons du « non » de Macron

Si la France a voté contre le Mercosur, ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron condamne le libre-échange – bien au contraire – mais parce que soutenir le texte lui coûterait trop cher politiquement.
Par Pierre Jequier-Zalc