Soumettre Total

À son assemblée générale, le plan « climat » de la major des énergies fossiles a été validé par 89 % des actionnaires.

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Il faut remercier Patrick Pouyanné. Le patron du groupe Total a offert la semaine dernière un salutaire exercice collectif de clarification, à l’occasion de l’assemblée générale mouvementée de son groupe. À Paris, dans une salle presque vide car bloquée par des militants écologistes, le plan « climat » (le « Say on Climate » en bon français) de la major des énergies fossiles, a été validé par 89 % des actionnaires. On relèvera d’abord la lâcheté de ces détenteurs de titres, petits ou grands, incapables de prendre une position responsable sur un vote… consultatif. On saluera ensuite le courage de 9 actionnaires minoritaires qui ont estimé que Total ne prend pas réellement au sérieux la question climatique. Mais leur faible nombre, sept ans après la COP 21 et l’adoption de l’accord de Paris, ne laisse entrevoir aucun espoir du côté d’une pseudo « démocratie d’entreprise ».

Le mythe d’une autorégulation du secteur privé sur les questions environnementales a longtemps perduré. « Pas de business sur une planète morte » ne cessaient de rassurer les tenants de l’économie de marché à ceux qui, données scientifiques à l’appui, appelaient à un véritable basculement vers des économies bas carbone. Mais les grandes sociétés, particulièrement transnationales, ont leurs dynamiques propres, toutes orientées vers le profit. La preuve ? Le directeur financier de Total s’est publiquement réjoui d’une année 2021 favorable pour son groupe, marquée par un « fort rebond de la demande de pétrole et de gaz, avec des niveaux de prix élevés », dont ils ont « su tirer pleinement parti ».

Exit, donc, cette escroquerie intellectuelle. Reste désormais cette interrogation : comment soumettre Total et consorts ? Ce rôle est évidemment dévolu à la puissance publique. Mais ses représentants, une fois n’est pas coutume, devront allier détermination, anticipation, justice sociale et pédagogie. Dans un contexte où l’énergie, et particulièrement le carburant, reste le moteur de toutes les colères – les gilets jaunes sont encore dans toutes les mémoires –, c’est à eux qu’il revient d’organiser une réduction de l’offre en décarbonant les transports, en taxant les moyens de déplacement les plus polluants, en réduisant l’empreinte de l’immobilier, de l’agriculture, de l’industrie. Et en proposant une société alliant sobriété et satiété. Une gageure pour Emmanuel Macron et ses obligés. Car il n’en va pas du climat comme de la vie partisane française. Aucune manœuvre dilatoire ne saurait amadouer la réalité du réchauffement global. Face au climat, la logique du « en même temps » est vaine. Et le choix binaire : la responsabilité d’un côté. Le négationnisme climatique de l’autre.


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