Chez les classes populaires, « la gauche est vue comme une élite »

La sociologue Violaine Girard et le photojournaliste Vincent Jarousseau ont croisé leurs regards sur les territoires ruraux et périurbains.

À chaque nouvelle parution sur les modes de vie des classes populaires qui habitent loin des grandes villes, on constate la désertion de la gauche. Les explications sont multiples et elles diffèrent en fonction des territoires – il y a eu trop de caricatures sur cet électorat que la Nupes aimerait détourner de Marine Le Pen. C’est tout le souci de Violaine Girard, qui a travaillé sur les populations en zone pavillonnaire, et de Vincent Jarousseau, dont l’objectif raconte les vies précaires des zones postindustrielles.

Vous souhaitez tous les deux déconstruire un discours dominant porté sur les classes populaires périurbaines. Comment ?

Violaine Girard : Au départ, mes travaux s’intéressaient surtout aux politiques d’aménagement du territoire à la périphérie de l’aire urbaine de Lyon. J’enquêtais sur cette zone industrielle et pavillonnaire implantée par les collectivités territoriales après la crise pétrolière des années 1970. À partir de là, je constate que ce bassin constitue un pôle d’emploi important et que les catégories populaires y sont surreprésentées. Une série de parcours socioprofessionnels s’en sort, voire connaît des formes de petite promotion. Ce n’était pas un monde ouvrier en déclin et nous étions loin de l’image de ces territoires miniers en proie à la désindustrialisation. Il faut garder en tête qu’à partir des années 1990, lorsque dix emplois industriels sont supprimés, quatre sont créés dans le périurbain. Je voulais questionner ce nouveau type de territoire ouvrier où il n’y a ni habitat collectif ni structure syndicale. Et déconstruire des représentations des catégories populaires qui seraient toutes sous le seuil de pauvreté.

Vincent Jarousseau : On s’arrête trop facilement sur ce que les gens disent et moins sur ce qu’ils font. C’est la limite des enquêtes d’opinion, particulièrement celles réalisées sur les classes populaires. Avec Valérie Igounet, nous voulions travailler sur les électeurs frontistes dans les bassins industriels et logistiques d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et d’Hayange (Moselle), où la trahison de François Hollande liée à la fermeture des hauts-fourneaux était en cours, et à Beaucaire (Gard), qui est une zone périurbaine marquée par une petite industrie, de l’artisanat et une typologie plus proche de l’électorat classique du Front national du sud de la France.

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