Décote brutale chez les riches

L’Observatoire des inégalités propose de définir un « seuil de richesse ».

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Une question antédiluvienne vient de trouver sa réponse. Alors que nombre de philosophes depuis Aristote et Épicure ont tenté d’approcher ce que pouvait être la richesse, avançant et confrontant des conceptions différentes, l’Observatoire des inégalités, dans la deuxième édition de son Rapport sur les riches en France, propose de définir un « seuil de richesse », de la même manière que l’Insee définit un « seuil de pauvreté ». Peut donc être qualifié de « riche » quiconque atteint ce seuil, fixé à deux fois le revenu médian – soit 3 673 euros par mois pour une personne seule, impôts déduits, ou 7 713 euros pour un couple avec deux enfants. Ainsi la France compterait 4,5 millions de riches, avancent les auteurs du rapport, Anne Brunner et Louis Maurin.

Si, comme le plus grand nombre, vous placiez la richesse à un niveau de vie bien plus élevé, cette décote brutale de la valeur du riche a de quoi surprendre. Notamment parce que ce seuil ne prend en compte que le revenu net après impôt et aucunement le patrimoine. Dans un pays où il vaut mieux bien naître que bien travailler, ce n’est pas le seul défaut de l’approche purement comptable de ce rapport. Si la richesse matérielle se mesure, ce n’est pas le cas d’autres formes de richesse plus spirituelles. Dans le cadre restreint de ce billet, il n’est pas possible de les évoquer toutes : satisfaction éprouvée à être riche d’amis sur qui on peut compter, riche de connaissances, riche de vivre au milieu d’une belle nature…

« La richesse, écrivait Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (1), offre la possibilité de libérer son temps et son esprit de toute une série de problèmes matériels qui empoisonnent la vie de la plupart des gens. » Et on ne contestera pas qu’un revenu de 3 673 euros net pour une personne seule, doublé pour un couple sans enfant, le permet. Ceux-là ne mènent pas pour autant le train de vie des milliardaires auxquels on songe quand, à gauche, on parle de « taxer les riches ».

C’est là que cette définition s’avère problématique. Cataloguer « riche » des cadres et professions supérieures qui, comme les ouvriers et employés, certes à un degré moindre, subissent les effets des logiques de la financiarisation et de la mondialisation de l’économie, n’incite pas à leur faire comprendre qu’ils ont les mêmes intérêts que ceux qui gagnent 2 000 ou 2 500 euros. Le même rapport révèle d’ailleurs que leur part dans la population a baissé de 8,6 % à 7,1 % entre 2010 et 2019 ; le nivellement à la baisse des salaires et pensions ne les épargne donc pas quand les revenus des plus nantis eux explosent. Des milliardaires auquel ne s’intéresse décidément pas l’observatoire des inégalités.

(1) C’est quoi être riche ?, Éditions de l’Aube (2015).


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