La gauche en force

La Nupes fait jeu égal au premier tour avec la majorité présidentielle. Emmanuel Macron est plus que jamais menacé de n’obtenir qu’une majorité relative dimanche prochain et la coalition de gauche n’a pas perdu tout espoir de lui imposer une cohabitation.

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Le président le plus mal élu de la Cinquième république est soutenu par le parti présidentiel le plus faible jamais vu. Dans un scrutin marqué par un nouveau record d’abstention (52,49 % contre 51,3 % en 2017) la coalition autour d'Emmanuel Macron et la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) sont arrivées à quasi égalité dimanche lors du premier tour des élections législatives, avec 21.442 voix d'avance seulement pour Ensemble!, selon les résultats du ministère de l'Intérieur. L'alliance macroniste aurait ainsi remporté 25,75 % des voix et la Nupes autour de Jean-Luc Mélenchon 25,66 %. « Aurait » car ce chiffre est contesté par la Nupes qui constate que Gérald Darmanin a omis de comptabiliser les résultats de quelques candidats qu'elle soutenait pourtant belle et bien.

Le pari de l’union est en cela gagné puisque la coalition mélenchoniste peut s’affirmer comme la première force d’opposition, titre dont se gargarisait depuis plusieurs années le parti de Marine Le Pen qui ne rassemble ce dimanche que 18,7 % des suffrages. Les candidats LR, associé à l’UDI, peuvent se satisfaire de faire mieux que Valérie Pécresse mais restent loin derrière (11,4 %) ce qui ne manquera pas de leur faire perdre leur place de premier groupe d'opposition à l'Assemblée nationale.

Macron en échec

La Renaissance, que souhaitait incarner le parti d’Emmanuel Macron en renommant ainsi son mouvement, en échec. La République en marche, seule, totalisait 28,21 % en 2017, son allié Modem obtenant lui 4,12 %. Toutes tendances réunies, en ajoutant à ces deux partis Horizons, le parti d’Édouard Philippe, et Agir, la majorité présidentielle est en recul. Pour le président de la République c’est un avertissement sérieux.

Plusieurs figures de la Macronie comme les ex-ministres Jean-Michel Blanquer ou Emmanuelle Wargon sont éliminés dès le premier tour. Des ministres sont menacées : Amélie de Montchalin, la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires (31,46 %) est en mauvaise posture dans l’Essonne face au candidat PS-Nupes Jérôme Guedj (38,31 %). Également qualifié pour le second, le ministre délégué à l’Europe (35,81 %) est en mauvaise posture face à l’avocate Caroline Mécary, candidate de la Nupes (41,40 %). Stanislas Guérini, délégué général de LREM et nouveau ministre de la Transformation et de la Fonction publique, est également en ballotage défavorable dans la 3e circonscription de Paris où la candidate de la Nupes, Léa Balage El Mariky (38,66 %) le devance de plus de 6 points.

La majorité présidentielle ne compte, ce dimanche qu’un seul élu au premier tour : Yannick Favennec (Horiszons), député de la 3e circonscription de la Mayenne depuis 2002, réélu avec 57,13 %.

Quatre élus Nupes au 1er tour

La Nupes en revanche voit quatre de ses candidats, réélus ou élus dès le premier tour : Danièle Obono dans la 17e circonscription de Paris (57,07 %), Sarah Legrain dans la 16e circonscription de Paris (56,51 %), Sophia Chikirou dans la 6e circonscription de Paris (53,74 %), Alexis Corbière dans la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis (62,94 %).

Dans un peu plus de 380 circonscriptions les candidats de la Nupes sont en mesure de se maintenir au second tour ; 170 candidats de gauche ou écologistes étaient dans ce cas en 2017. Dans 272 circonscriptions, ils seront opposés à des macroniens, dans 58 face au RN... Ce qui permet d'espérer faire élire un grand nombre de députés.

Si le camp Macron garde l'avantage dans les projections des 577 sièges de députés réalisées par les instituts de sondage, avec une fourchette de 255 à 295 sièges, devant la Nupes (150 à 210). Le jeu reste ouvert. En 2017, les mêmes projections promettaient jusqu’à 450 députés pour LREM, qui n’en a obtenu au final, avec le MoDem, « que » 350. Le nombre de sièges qu’obtiendront la Nupes et Ensemble ! (le nom usurpé de la confédération macroniste) dimanche prochain dépendra en effet à la fois de la mobilisation électorale – les jeunes et les quartiers populaires se sont peu mobilisés pour ce premier tour – et des reports de voix des candidats éliminés.

Les premières déclarations de Christophe Castener ou Olivia Grégoire, sur la consigne qu’ils donneront à leurs électeurs en cas de duel Nupes-RN sont à ce sujet inquiétantes. Interrogée sur France 2, la porte-parole du gouvernement a répondu : « Ce sont des débats locaux, pas un enjeu national. » Les électeurs de gauche qui n’ont jamais donné une voix à Marine Le Pen ou ses séides, permettant à Emmanuel Macron de l’emporter largement attendre des déclarations plus explicites.


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