« Dignité » bien tempérée

Les macronistes veulent garantir aux aînés une retraite minimum qui les maintient sous le seuil de pauvreté.

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On lit un peu partout que M. Macron n’aurait pas vraiment de cap ni de programme pour son second quinquennat – qui sera, rappelons-le, car nous manquons ces temps-ci de réjouissances, le dernier. C’est injuste : il a tout de même quelques idées, qui ne se limitent pas à distribuer des vice-présidences parlementaires à un parti cofondé par un ex-Waffen SS et un ancien milicien.

L’autre jour, par exemple, j’ai entendu son ministre délégué chargé des Comptes publics – l’excellent M. Attal – déclarer avec une solennité qui résonnait comme une promesse : « Nous souhaitons garantir à nos aînés le droit de vivre dignement leur retraite. Avec la revalorisation des pensions dès cet été ou la création d’une aide à l’adaptation des logements, nous avons un projet crédible, financé et assumé. »

Et bien sûr, si je n’avais pas été d’une gauche ouverte et tolérante (GOT), j’aurais sans doute un peu médit, en mode : what the f*ck are you talking about ? Et à quel moment as-tu seulement pu t’imaginer qu’un macroniste pouvait nous parler de dignité sans qu’aussitôt nous pouffions ? Au lieu de quoi, étant de GOT, je me suis plutôt dit que M. Attal méritait qu’on lui donne sa chance et qu’il convenait de vérifier ce qu’était ce « droit de vivre dignement avec sa retraite » que les macronistes, soutenait-il, souhaitent – entre deux compromissions avec l’extrême droite – « garantir à nos aînés ».

Aussitôt dit, aussitôt fait : au terme d’une rapide investigation – à moi le Pulitzer –, j’ai découvert que le gouvernement où émarge M. Attal veut effectivement « porter la retraite minimum à 1 100 euros » par mois.

Et j’avoue que tant de munificence m’a (profondément) bouleversé, car je me suis évidemment représenté l’immense joie des prolétaires qui, après quarante-cinq années de trimard, allaient enfin pouvoir vivre leur meilleure vie – on n’est pas bien, là, à noyer chaque samedi nos macaronis au blé entier sous une grosse noisette de beurre ? (Et qui aurait cru que, pour peu que nous sachions éviter les folies – genre deux noisettes de beurre par semaine –, nous allions même pouvoir former d’enthousiasmants projets d’avenir, et programmer par exemple une semaine entière de vacances pour fêter dignement notre cent trente-cinquième anniversaire ?)

Puis je me suis rappelé que, d’après l’Insee, le seuil de pauvreté, « fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de la population », correspond, en France (des Lumières) « à un revenu disponible de 1 102 euros par mois pour une personne vivant seule ». Adoncques, les macronistes souhaitent en réalité « garantir à nos aînés » une « retraite minimum » dont le montant les maintient, de fait, sous le seuil de pauvreté : c’est ce que M. Attal appelle « vivre dignement ».

Je vais garder pour moi ce que m’inspire cette infamie : je ne voudrais surtout pas que tu croies que je suis d’une gauche intolérante (1).

(1) Et je ne vais pas non plus faire comme si nos lois ne punissaient pas l’injure publique d’une amende de 12 000 euros : ce n’est pas comme si j’avais envie de me laisser délester par un ministre procédurier d’une somme équivalente à 10,9 mois de ce qu’il appelle une digne retraite.


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