Joseph Mauran : Un photographe à la Belle Époque

De la fin du XIXe siècle à la Grande Guerre, Joseph Mauran a pointé son objectif sur la bourgeoisie rurale. Un travail de sismographe d’une époque et une aventure à la fois sociale et culturelle.

De la fiction des discours à la fiction des regards, la photographie se veut une représentation. C’est aussi une trace et une construction. Une trace dans la mesure où il s’agit d’une information inscrite sur un support ; une construction par sa composition délibérément choisie, d’une part, découpant le réel dans un cadre, et d’autre part par sa mise en forme. L’image est aussi une projection, au-delà du point de vue du photographe, celui qui regarde apportant sa grille de lecture, son angle, mettant en valeur les informations qui lui paraissent importantes.

C’est muni de ces idées et principes que Joseph Mauran (1870-1950), pharmacien de métier, se lance dans la photographie. En amateur passionné, voire obsessionnel. Voilà plusieurs années que la photographie trimbale son bastringue, depuis les images de Nadar, les clichés de Claude-Marie Ferrier et ceux d’Étienne-Jules Marey. Elle demeure encore une plaisante occupation (quand bien même la guerre de Crimée, au mitan des années 1850, est le premier conflit fixé par les opérateurs), avant d’être considérée comme un art. Joseph Mauran cadre ainsi son alentour, à Montesquieu-Volvestre, en Haute-Garonne, qui ressemble, dans ces Années folles, déjà et en direct, au jadis et à l’antan. Mauran, exhumé dans cet ouvrage éblouissant par Anne-Marie Moulis et Jean-Michel Minovez, époustouflant personnage, est sans le savoir un sismographe de son temps, de ce qu’il connaît au mieux : son milieu, celui de la bourgeoisie rurale. En transe de plaques photographiques au gélatino-bromure d’argent.

On pose pour l’éternité sans trop savoir encore la valeur de l’objet photographique, sinon qu’il fixe un instant.

« En recourant à la photo amateur, on approche au plus près de la sensibilité contemporaine, saisissant les représentations d’un notable rural sur le monde qui l’entoure », précisent les auteurs. L’essentiel des clichés de Mauran s’étire de 1899 à 1911, se prolonge jusqu’en 1918. « Il est en cela pleinement un homme du XIXe siècle », marqué par les mutations, les innovations transformant les relations de la société à l’espace et à la culture, et l’idée d’un monde perdu – au mieux en passe de l’être. Les nouveaux appareils photographiques permettent des prises de vues instantanées. Joseph Mauran y plonge. Avec son esprit conservateur, des souvenirs et résurgences de toiles impressionnistes et postimpressionnistes, du Déjeuner sur l’herbe de Manet, saisissant la fugacité d’un instant, à cette Rue de Paris, temps de pluie, de Caillebotte, et aux représentations champêtres de Jean-François Millet.

Il reste 66% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 5€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.