Racisme en France : complaisances médiatiques et démagogies politiciennes

Dans son nouveau rapport, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonce le caractère « obscène » de certains discours publics.

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La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), autorité administrative indépendante chargée de conseiller le gouvernement « sur toutes les questions de portée générale relevant de son champ de compétence », publie aujourd’hui, comme tous les ans à pareille date, son rapport annuel sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ».

Son président, Jean-Marie Burguburu, observe dans son avant-propos que cinquante ans après l’adoption de « loi Pleven », qui réprime depuis 1972 « la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale », les « discours stigmatisants aux relents racistes et xénophobes n’ont pas disparu (…) de l’espace public et médiatique ».

Bien au contraire, précisent ensuite les auteurs du rapport : « Boucs émissaires commodes et récurrents, des “ennemis“ de l’intérieur ou de l’extérieur – “étrangers“ prêts à déferler en Europe, catégorie qui va parfois jusqu’à inclure, par amalgame, des Français descendants d’immigrés – sont pointés du doigt, accusés d’encourager les fractures nationales et de menacer les fondamentaux de la République. »

En outre – et ce nouveau constat constitue pour la CNCDH « un autre motif d’alarme et pas le moins préoccupant » –, « d’importantes fractures sur la façon d’aborder le combat antiraciste (…) se développent dans le débat public », et viennent encore « fragiliser » ce combat.

La commission déplore ainsi que « l’expression légitime de positions antiracistes » soit régulièrement « disqualifiée et présentée comme suspecte voire dangereuse pour la République » par des journalistes – quand Le Figaro magazine, par exemple, présente l’« antiracisme » comme une « dérive ». De sorte que « le principe même de la lutte antiraciste » se trouve désormais « mis en cause, tandis que de grands médias favorisent complaisamment la diffusion d’idées racistes et antisémites sur les chaînes d’informations ou dans les émissions de “débats“».

Ne pas s’y tromper, cependant : « cette dynamique », loin de n’être « que médiatique (…), s’alimente de plus en plus fréquemment à la sphère politique où elle s’appuie sur des relais, propos et discours à caractère haineux sur la place et le rôle de “l’Étranger“ ».

Pour la CNCDH, ces proférations « démagogiques », qui « ont hélas été largement exploitées durant la campagne présidentielle, favorisent des réflexes de fermeture et de repli xénophobes, qui se concentrent de manière chronique et obscène sur les mêmes groupes et populations ».

Gageons que la Première ministre Élisabeth Borne, destinataire principale de ce rapport, le transmettra à son ministre de l’Intérieur – ce M. Darmanin qui, après avoir publié en 2021 un livre dans lequel il glosait sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l'époque napoléonienne, a ensuite proclamé, durant la campagne présidentielle de 2022, qu’il trouvait Marine Le Pen « un peu molle », et a reproché à la candidate d’extrême droite de « dire que l’islam n’est même pas un problème ».


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