Racisme en France : complaisances médiatiques et démagogies politiciennes

Dans son nouveau rapport, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonce le caractère « obscène » de certains discours publics.

Sébastien Fontenelle  • 18 juillet 2022
Partager :
Racisme en France : complaisances médiatiques et démagogies politiciennes
© Photo : D.R.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), autorité administrative indépendante chargée de conseiller le gouvernement « sur toutes les questions de portée générale relevant de son champ de compétence », publie aujourd’hui, comme tous les ans à pareille date, son rapport annuel sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ».

Son président, Jean-Marie Burguburu, observe dans son avant-propos que cinquante ans après l’adoption de « loi Pleven », qui réprime depuis 1972 « la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale », les « discours stigmatisants aux relents racistes et xénophobes n’ont pas disparu (…) de l’espace public et médiatique ».

Bien au contraire, précisent ensuite les auteurs du rapport : « Boucs émissaires commodes et récurrents, des “ennemis“ de l’intérieur ou de l’extérieur – “étrangers“ prêts à déferler en Europe, catégorie qui va parfois jusqu’à inclure, par amalgame, des Français descendants d’immigrés – sont pointés du doigt, accusés d’encourager les fractures nationales et de menacer les fondamentaux de la République. »

En outre – et ce nouveau constat constitue pour la CNCDH « un autre motif d’alarme et pas le moins préoccupant » –, « d’importantes fractures sur la façon d’aborder le combat antiraciste (…) se développent dans le débat public », et viennent encore « fragiliser » ce combat.

La commission déplore ainsi que « l’expression légitime de positions antiracistes » soit régulièrement « disqualifiée et présentée comme suspecte voire dangereuse pour la République » par des journalistes – quand Le Figaro magazine, par exemple, présente l’« antiracisme » comme une « dérive ». De sorte que « le principe même de la lutte antiraciste » se trouve désormais « mis en cause, tandis que de grands médias favorisent complaisamment la diffusion d’idées racistes et antisémites sur les chaînes d’informations ou dans les émissions de “débats“».

Ne pas s’y tromper, cependant : « cette dynamique », loin de n’être « que médiatique (…), s’alimente de plus en plus fréquemment à la sphère politique où elle s’appuie sur des relais, propos et discours à caractère haineux sur la place et le rôle de “l’Étranger“ ».

Pour la CNCDH, ces proférations « démagogiques », qui « ont hélas été largement exploitées durant la campagne présidentielle, favorisent des réflexes de fermeture et de repli xénophobes, qui se concentrent de manière chronique et obscène sur les mêmes groupes et populations ».

Gageons que la Première ministre Élisabeth Borne, destinataire principale de ce rapport, le transmettra à son ministre de l’Intérieur – ce M. Darmanin qui, après avoir publié en 2021 un livre dans lequel il glosait sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque napoléonienne, a ensuite proclamé, durant la campagne présidentielle de 2022, qu’il trouvait Marine Le Pen « un peu molle », et a reproché à la candidate d’extrême droite de « dire que l’islam n’est même pas un problème ».

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »
Démocratie • 5 novembre 2026

Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »

Intellectuel·les, artistes, membres de la société civile… Ils et elles analysent la crise autoritaire que nous vivons aujourd’hui. Et remontent le fil de ses origines, décodent ses manifestations, expriment leurs inquiétudes profondes mais aussi leurs espoirs, et proposent des voies de résistance. (2/15)
« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive
Maintien de l'ordre • 5 novembre 2026

« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive

Après les manifestations des 17 et 24 octobre, quatre policiers et gendarmes interrogent l’évolution d’un maintien de l’ordre devenu toujours plus offensif. Manque d’effectifs, formation, usage des grenades et décisions politiques : leurs critiques visent aussi bien les pratiques de terrain que les choix de leur hiérarchie.
Par Maxime Sirvins
Un 5 novembre de grève et de manifestations
Mobilisation • 5 novembre 2026

Un 5 novembre de grève et de manifestations

Politis a couvert cette nouvelle journée de manifestations dans tout le pays, avec un appel à la grève générale de l’intersyndicale. Nos journalistes ont suivi les événements notamment dans la région de Grenoble (Voiron), au Mans dans la Sarthe, et à Paris pour faire remonter les images et revendications des cortèges et des grèves.
Par Politis
« Le gouvernement s’autorise de plus en plus à freiner toutes possibilités d’expression démocratique »
Entretien • 5 novembre 2026 abonné·es

« Le gouvernement s’autorise de plus en plus à freiner toutes possibilités d’expression démocratique »

Ce 5 novembre, une journée de grève et de manifestations suivie par les salarié·es du public comme du privé, la coordination des gilets jaunes, les mouvements lycéens et étudiants, est attendue partout en France. Une convergence des colères que Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, appelle à exprimer durablement dans la rue.
Par Céline Martelet