« Écho » : Ovide façon queer

Vanasay Khamphommala revisite le mythe d’Écho et Narcisse en bousculant les genres.

Anaïs Heluin  • 5 octobre 2022 abonné·es
« Écho » : Ovide façon queer
© Photo : Pauline Le Goff.

Pour explorer les Métamorphoses d’Ovide, Vanasay Khamphommala commence par son corps.

Écho, du 4 au 7 octobre au Théâtre Olympia, Tours ; du 18 au 22 octobre au TnBA, Bordeaux ; les 6 et 7 décembre à la Halle aux grains, Blois ; les 13 et 14 décembre à la MCA, Amiens.

Dans Orphée aphone (2019), elle incarnait le poète éponyme avant de devenir une Eurydice dépitée par la lâcheté de son amant. Aujourd’hui, c’est à la nymphe Écho qu’elle prête sa silhouette longiligne, dont la beauté n’est pas une question de genre.

Dans Écho, elle raconte, nue, laissant voir son sexe d’homme, un chagrin d’amour qui l’a dévastée. Ce faisant, elle invite en elle le personnage éponyme de sa pièce, mort de n’avoir exprimé son amour pour Narcisse. Vanasay Khamphommala se laisse transformer par Écho, tout en cherchant à changer ce personnage mythologique qu’elle décrit comme une « figure incontournable du désespoir amoureux, sœur symbolique de Cléopâtre, Didon, Phèdre, -Traviata ».

Personnalités singulières

Fidèle à son goût du rituel, l’artiste fait appel à des collaborateurs d’horizons divers pour en mettre un au point. Plusieurs étaient de sa précédente création : la performeuse britannique d’origine afro-caribéenne Caritia Abell, le musicien et compositeur Gérald Kurdian, le performeur Théophile Dubus.

© Politis
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Photos : Pauline Le Goff.

Censée mettre un terme au chagrin de la nymphe, la bouleversante cérémonie d’Écho leur fait rencontrer de nouvelles personnalités singulières : la comédienne et chanteuse Natalie Dessay, le comédien Pierre-François Doireau et le philosophe Paul B. Preciado, dont le regard politique sur le corps est cher à Vanasay Khamphommala.

Dans la dimension queer d’Écho, l’artiste-nymphe rassembleuse va plus loin que le dépassement de la binarité homme-femme. En se faisant enterrer par ses interprètes et en restant sous son tas de terre pailletée pendant une heure, elle remet aussi en question les hiérarchies habituelles du théâtre. Où va le théâtre sans metteur en scène ? Où va l’amour sans ses chagrins ?

Théâtre
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