Agriculture : l’écoféminisme à l’horizon

Groupes d’échange en non-mixité, formations… Les initiatives de femmes rurales se multiplient pour faire évoluer un secteur encore imprégné de sexisme. Le film Croquantes leur donne la parole.

Mathilde Doiezie  • 16 novembre 2022 abonné·es
Agriculture : l’écoféminisme à l’horizon
© Photo : Les films Hector Nestor.

Nous, femmes rurales, affirmons que nous sommes prêtes. […] Nous faisons émerger des changements, pour toutes et tous. Sur nos modes de vie, notre relation au travail, aux autres, à notre environnement. » Elles sont dix. Dix femmes agricultrices de la Loire-Atlantique, toutes générations confondues, à avoir accepté d’être au centre du documentaire Croquantes, de Tesslye Lopez et Isabelle Mandin, dont la première a eu lieu début octobre (1).

Pendant trois ans, elles ont été filmées dans leur quotidien et au cours de leurs échanges au sein du « groupe femmes » créé par le Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam) du département.

Ces dix agricultrices partagent leurs préoccupations de femmes en milieu rural, le sexisme auquel elles font face, l’invisibilisation de leur travail ou la difficile cohabitation entre vies pro et perso, qui se mélangent de manière très poreuse sur les exploitations.

« Les activités qui reviennent encore souvent aux femmes, c’est de s’occuper des veaux, de la traite, de l’administratif ou de la vente, alors que les hommes, c’est le travail en extérieur, le labour, les semis, le tracteur ou la réparation du matériel », constatent-elles.

Certaines osent enfin prendre la parole et énoncer leurs besoins. « La répartition genrée des tâches, ça dépend si c’est subi ou choisi, si c’est une activité reconnue ou non », lance l’une d’elles. L’animatrice du groupe, Émilie Serpossian, rebat les cartes : « Parfois, on croit choisir, mais on y a été conditionné aussi. »

Ce groupe en non-mixité s’avère être aussi bien une soupape qu’un lieu d’émancipation. Les agricultrices y tissent une forme de sororité, ce mot dont certaines sont familières et d’autres pas encore, lesquelles découvrent ce pendant de la fraternité pour décrire la solidarité entre femmes.

Partout en France, de telles initiatives émergent. À l’instar du Civam de la Loire-Atlantique, ceux de la Vendée et du Maine-et-Loire ont récemment créé leur groupe femmes. C’est d’ailleurs l’un des buts des deux réalisatrices, qui revendiquent la pratique du documentaire d’intervention sociale : « On espère que la diffusion du film va encourager la création d’autres groupes de femmes agricultrices à l’échelle nationale. »

Simples « conjointes »

Au-delà des groupes d’échange, ce sont aussi des événements qui émergent, à l’instar de la Rencontre des travailleuses de la terre, organisée près de Rennes mi-septembre, ou de la dernière édition du festival Sèment et s’aimeront, à Bruyères-le-Châtel (Essonne), qui s’est tenue les 1er et 2 octobre autour de cette question.

Des collectifs de femmes agricultrices y interviennent, comme les Josiannes, installées en Île-de-France. La bande dessinée Il est où le patron ? (Marabout, 2021) y est souvent présentée. Elle a été initiée par les Paysannes en polaire, un groupe d’agricultrices d’Ardèche et du Briançonnais souhaitant dénoncer le sexisme qu’elles rencontrent au quotidien.

Mais pourquoi, en 2022, les agricultrices sont-elles encore confrontées à des difficultés pour s’affirmer dans leur

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Écologie
Temps de lecture : 11 minutes

Pour aller plus loin…

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa
Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »
Analyse • 14 octobre 2026 abonné·es

Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »

Depuis bientôt un mois, les lycéen·nes qui luttent pour leur avenir mènent un mouvement social de grande ampleur pour exiger notamment de meilleures conditions d’apprentissage. Dans leur sillage, et face à la répression qu’ils et elles subissent, des parents se mobilisent à leurs côtés. Certains sont organisés en collectif.
Par Pauline Migevant et Kamélia Ouaïssa
Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes
Violences • 13 octobre 2026

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes

Après plusieurs mutilations de lycéens, une pétition réclame l’interdiction de plusieurs armes et techniques policières lors des manifestations lycéennes. Une demande loin d’être récente malgré des avertissements répétés, jusqu’aux Nations unies.
Par Maxime Sirvins