Chine, Iran, Ukraine, la résistance des peuples

Aujourd’hui, il se joue, de l’Iran à la Chine, et de la Chine à l’Ukraine, quelque chose qui est de l’ordre de la parenté : partout, une aspiration à la liberté.

Denis Sieffert  • 30 novembre 2022
Partager :
Chine, Iran, Ukraine, la résistance des peuples
Des manifestations de soutien au manifestations en Chine contre les restrictions sanitaires, à Hong-Kong, le 28 novembre 2022.
© Peter PARKS / AFP

Voilà que cette détestable Coupe du monde qatarie vient d’avoir en Chine un effet aussi positif qu’inattendu. Les images de la télévision montrant dans les stades des milliers de personnes sans masque, et en rangs compacts, ont accru la frustration des jeunes Chinois.

Quelques milliers d’entre eux ont ainsi pris conscience du mensonge dont ils étaient les dupes. Ils se sont vus, seuls au monde, entravés dans leur vie pour cause de covid, contraints à des tests quotidiens, violentés et internés quand ils ne se soumettent pas. On leur mentait sur l’état du monde. On leur cachait la médiocrité de leur vaccin. On les abusait sur la supériorité du « système ».

La télévision chinoise a bien resserré ses plans pour faire disparaître le public, mais trop tard ! Ironie de l’histoire, les images venues de l’émirat mentent elles aussi, dissimulant la réalité d’un esclavage social qui ne déplairait pas au régime de Pékin. Mais on est tout de même fascinés par cette circulation de l’information qui échappe furtivement aux dictatures, comme un lapsus. Et que dire de l’influence de la guerre d’Ukraine sur le reste de la planète ? Cette résistance du faible au fort donne à réfléchir au pouvoir chinois qui piaffe d’envahir Taïwan.

Le monde, soudain, nous apparaît plus petit, et plus empathique. Pourtant, la révolte des femmes iraniennes n’a rien à voir avec la Coupe du monde au Qatar, ni même avec la résistance des Ukrainiens. Elle surgit de la réalité endogène d’une société qui, dans le for intérieur des consciences, n’a jamais perdu de vue la modernité. Je garde encore en mémoire, lors d’un reportage en Iran au plus fort de l’emprise islamique, ces signes discrets d’insoumission qui habillaient déjà les femmes.

Aujourd’hui, il y a, de l’Iran à la Chine, et de la Chine à l’Ukraine, quelque chose qui est de l’ordre de la parenté. Même si chaque mouvement a sa singularité, et des effets déclencheurs différents : ici, un confinement liberticide, mais aussi des conflits sociaux ; là, l’assassinat d’une jeune femme qui ne portait pas le voile comme il fallait. Partout, une aspiration à la liberté sur fond de crise économique et sociale. Et une politisation rapide qui ose appeler les tyrans par leurs noms.

Tous ces peuples ont en partage une idée de la société dans laquelle ils aimeraient vivre. Deux mots la résument : liberté et démocratie.

On ne sait encore que peu de chose de la lassitude de la société russe, et de son point de rupture. Mais on peut déjà au moins tirer de ces événements un enseignement commun. Tous ces peuples ont en partage une idée de la société dans laquelle ils aimeraient vivre. Deux mots la résument : liberté et démocratie. Nous aimons passionnément le premier.

Nous nous méfions de l’usage qui est fait du second. Dans nos contrées, la démocratie a trop souvent été recrutée frauduleusement par un libéralisme qui ne donne aux déshérités que l’illusion de la liberté. Mais les événements de Chine, d’Iran et d’Ukraine nous rappellent que l’on n’a pas le droit d’hésiter entre nos sociétés, certes imparfaites, et celles qui vivent sous le joug des tyrans.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, je défends ici l’idée que l’enjeu est moins géopolitique que sociétal. Au-delà du sentiment patriotique qui anime les Ukrainiens, et des enjeux territoriaux, ils font un choix de société. Ils ne veulent plus vivre dans le même pays que Poutine. Le tragique en moins, c’est le même combat qui se mène à l’ouest. Aux États-Unis, contre Trump et ses affidés, chez nous, ou en Italie, contre les postfascistes.

En Chine et en Iran, les mouvements actuels ne renverseront pas les montagnes. Confrontés à une répression qui va s’intensifier, ils nous parlent seulement d’avenir. Pour cela même, on ne peut les contempler avec le regard froid de l’analyste. Car leur belle promesse s’accomplit au prix du sang. Les dictatures ont la vie dure. On note au passage que deux d’entre elles (l’Iran et la Russie), sous le regard approbateur de la troisième (la Chine), ont trouvé à se renforcer dans la guerre civile syrienne, dont il faudra bien un jour tirer un bilan complet.

Elles se nourrissent aussi du souvenir des régimes qui les ont précédées. En Iran, la révolution de 1979 a chassé un pouvoir qui défiait le peuple par des fastes féodaux que l’Occident admirait. Avec Poutine, l’avantage, c’est qu’il est à la fois le présent et le passé. Il mène en Ukraine la même guerre de la faim et du froid que Staline en 1932. Mais là où ce dernier martyrisait un peuple écrasé, lui a affaire à un pays debout. C’est Staline en échec. Une revanche de l’histoire. 

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous

Une analyse au cordeau, et toujours pédagogique, des grandes questions internationales et politiques qui font l’actualité.

Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don