Humanitaire : Saint-Denis pousse l’association MaMaMa dehors

L’association d’aide aux mères précaires basée à Saint-Denis risque d’être expulsée de ses locaux dans deux mois. Le résultat d’une longue séquence de tensions avec la mairie socialiste.

Zoé Neboit  • 10 novembre 2022
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Humanitaire : Saint-Denis pousse l’association MaMaMa dehors
© La mairie réclame un loyer de 18000 euros, pour un local occupé gracieusement alors. (Photo : Manon Blanc.)

MaMaMa, c’est une association de distribution alimentaire pour les mères isolées créée en pleine crise sanitaire. En deux ans d’existence, elle s’est fait reconnaître comme une institution du quartier de la Plaine Saint-Denis (93).

Elle a accompagné et aidé, depuis sa création, pas moins de 70 000 femmes et enfants. Sauf qu’elle est actuellement menacée d’être expulsée de son local audonien, faute de pouvoir payer le loyer mensuel de 18 000 euros. Assignée en justice au tribunal de Bobigny, l’audience initiale prévue le 3 novembre a été reportée au 13 janvier 2023.

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Le local de la discorde est un hangar de 1 200 mètres carrés, propriété de la Société d’Économie Mixte (SEM) Plaine Commune Développement, l’aménageur public du département et de la ville. En juin 2020, dans l’entre-deux-tours des municipales, il est prêté gracieusement et à titre provisoire par l’ancienne équipe municipale PCF de Saint-Denis, avec un contrat de convention d’occupation précaire.

Petit à petit, on a senti qu’il y avait des tensions qui se créaient.

Les relations avec le maire PS fraîchement élu, Mathieu Hanotin, sont d’abord bonnes rapporte l’association, « mais petit à petit on a senti qu’il y avait des tensions qui se créaient, on ne comprenait pas pourquoi », explique Inès Chauvet, secrétaire générale.

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L’association existe depuis deux ans et a aidé 70 000 femmes et enfants. (Photo : Marrielle Alluchon.)

En décembre 2021, la SEM, dont Mathieu Hanotin est également administrateur, indique vouloir mettre fin à la gratuité de l’occupation. La somme tombe : 18 000 euros. Pourtant, dans une conversation filmée relayée par Streetpress lors d’une visite faite à l’association en février de la même année, le maire assurait ne pas leur demander de loyer. Il ajoutait souhaiter leur trouver rapidement un autre local, ce dernier étant voué à être démoli en 2024.

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La mairie considère que l’association ne respecte pas les clauses du contrat. MaMaMa parle de choix politique. (Photo : Manon Blanc.)

« On a essayé pendant des mois de négocier, trouver des solutions, des subventions, avant que la mairie finisse par ne plus répondre et nous mette en demeure », résume Inès Chauvet. Depuis juillet et la médiatisation de l’affaire suite à la première menace d’expulsion, le lien de confiance est brisé. Plus de promesse de nouveaux locaux, ni de soutien.

La mairie estime avoir fait le maximum

De son côté, la mairie rapporte une autre version de l’histoire : « On a fait plus que le maximum pour les aider », estime Katy Bontinck, première adjointe au maire. Selon elle, la municipalité a coupé court aux négociations à cause d’exigences trop élevées.

La goutte de trop ? Lorsque l’association a refusé une des clauses du contrat, celle de n’accueillir que trois familles à la fois pour des raisons de sécurité. « En ne respectant pas les normes et les procédures, MaMaMa met en danger son projet associatif », affirme-elle avant d’ajouter : « Aujourd’hui on se dit qu’on aurait dû dire stop bien avant. »

Et c’est vrai que MaMaMa ne fait pas comme toutes les associations. Elle s’investit chaque mois dans de nouvelles missions sociales, déploie ses partenariats à vitesse grand V, multiplie ses moyens humains… pour remplir une zone d’ombre dans l’aide humanitaire.

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L’association a lancé une pétition. Elle continue ses activités en attendant la décision de justice du 13 janvier. (Photo : Manon Blanc.)

« Ce n’est plus un local, c’est un capharnaüm » lance, sarcastique, la première adjointe. Les mots choisis sont durs. « Sommes-nous trop autonomes ? Est-ce qu’on a eu le tort de ne pas suffisamment s’afficher aux eux ? » se questionne Inès Chauvet.

En écoutant le discours de la mairie, on pourrait croire à un rapport de force égal entre les deux parties. Katy Bontinck évoque « une campagne de dénigrement médiatique ». Le devenir de MaMaMa repose pourtant uniquement sur les pouvoirs publics. « C’est un choix politique », affirme la secrétaire générale de l’association.

Les fondatrices de MaMaMA ont lancé une pétition avec l’espoir d’interpeller les élus avant l’audience en janvier. Et en attendant, elles ont choisi de maintenir leur activité pour _« apporter de la chaleur » car chez leurs bénéficiaires, les mois d’hiver sont souvent les plus rudes.

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