Tuerie de Nice : la définition très politique de « terrorisme »

De quoi l’acte meurtrier de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, auteur de l’attaque de Nice le 14 juillet 2016 qui a fait 86 morts, est-il le nom ? Son profil pose la question de notre définition extensive du terrorisme, au risque de dérives.

Nadia Sweeny  • 9 novembre 2022 abonné·es
Tuerie de Nice : la définition très politique de « terrorisme »
© Devant le palais de justice de Paris. (Photo : Magali Cohen / Hans Lucas via AFP.)

« Attentat », « terrorisme », « islamiste ». Les mots pour qualifier les actes aussi dramatiques que la tuerie de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, à Nice, le 14 juillet 2016, défilent partout dans la classe politique et les médias. En participant à définir le débat public, ces mots ont une portée politique majeure. Mais le procès de cet homme de 31 ans, en 2022, rebat les cartes médiatiques. Sa vie n'est peut être pas aussi simple qu'un bandeau de chaîne d'info en continu. C'est ce que décortique Politis dans cette enquête.

Durant toute la semaine du 24 octobre, la cour d’assises spéciale de Paris a analysé le profil et le parcours de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’homme de 31 ans auteur de l’attaque au camion sur la promenade des Anglais qui a tué 86 personnes, le 14 juillet 2016 à Nice.

Alors que l'auteur a été tué par les forces de police lors de son attaque, huit personnes sont aujourd'hui accusées d’association de malfaiteurs terroriste, dont quatre Albanais pour la revente d’armes. Or certains avocats de la défense se refusent à parler d’attentat, utilisant plutôt l’expression « tuerie de masse ». De fait, le profil du tueur de Nice est pour le moins ambivalent.

Malgré les affirmations de nombreux médias et de personnalités politiques, qui rapprochaient l’attaque meurtrière des attentats de 2015 en la qualifiant de « terroriste » pour souligner son caractère jihadiste, les certitudes se sont étiolées au fur et à mesure de l’enquête. D’après les éléments du dossier, l’ancrage idéologique réel de celui que les analystes de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont décrit à Politis comme un « profil tangent » n’est pas clair.

Images gore

Certes, l’homme d’origine tunisienne s’est inspiré des méthodes jihadistes : depuis 2014, l’attaque à la voiture-bélier sur une foule de civils est encouragée par les groupes terroristes comme Al-Qaida ou Daech. Le tueur a aussi consulté de nombreuses vidéos d’exécutions de l’État islamique et s’est abreuvé, notamment les semaines précédant le 14 juillet 2016, de chants guerriers.

Mais Mohamed Lahouaiej Bouhlel, non pratiquant, non affilié politiquement, consommateur d’alcool et de cocaïne, était surtout avide de toutes sortes d’images gore : corps de victimes d’accidents de la route, vidéos pornographiques extrêmes, zoophilie, vidéos de tueries sans rapport avec le jihad…

L’enquête n’a pas établi la proportion d’intérêt qu’il accordait à l’un ou à l’autre de ses penchants : « Sur les 4 330 vidéos retrouvées sur son ordinateur, nous n’avons extrait que celles qui nous intéressaient », a

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