Le choix politique des retraites

Le gouvernement entame la réforme des retraites, et veut aller vite. Les syndicats font front. Les arbitrages à opérer relèvent de choix de société.

Michel Soudais  • 7 décembre 2022
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Le choix politique des retraites
La Première ministre Élisabeth Borne en déplacement à Gaillac, le 1er décembre 2022.
© Charly TRIBALLEAU / AFP

La bataille des retraites est bel et bien lancée. Relancée, devrait-on dire. Le gouvernement est à l’offensive sur le front médiatique, où il compte nombre de promoteurs. Élisabeth Borne, jusque-là relativement évasive sur ce dossier – si ce n’est silencieuse –, a sonné la charge dans un long entretien au Parisien (2 décembre).

Elle y confirme que le projet de réforme sera présenté le 15 décembre aux partenaires sociaux, puis au conseil des ministres du début d’année. L’objectif : un examen du texte au Parlement au printemps et une entrée en application dès l’été prochain. Rien de bien nouveau donc, sauf une détermination réaffirmée pour reculer progressivement l’âge légal de départ en retraite à 65 ans en 2031. Et cela sans attendre l’achèvement de la concertation avec les partenaires sociaux, pourtant vantée dans le même entretien comme une preuve de son ouverture au dialogue.

« Foutage de gueule »

Les syndicats, même les plus modérés, ne s’y sont pas trompés. « On a atteint la limite du foutage de gueule », a réagi François Hommeril, le président de la CFE-CGC. Au micro de France Info, il décrit ainsi cette concertation : « Nos collègues se retrouvent face à deux stagiaires qui prennent des notes mollement en regardant leur portable. »

Un front syndical unitaire réaffirme d’ailleurs dans un communiqué, signé le 5 décembre par les cinq centrales historiques (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC), mais aussi par l’Unsa, Solidaires et la FSU, ainsi que les organisations étudiantes et lycéennes (Unef, Voix lycéenne, Fage, Fidl et MNL), sa ferme opposition « à tout recul de l’âge légal de départ en retraite comme à toute augmentation de la durée de cotisation ». Et fait part de la détermination des signataires « à construire ensemble les mobilisations passant en particulier par une première date de mobilisation unitaire avec grèves et manifestations en janvier si le gouvernement demeurait arc-bouté sur son projet ».

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Cela suffira-t-il à faire reculer Macron ? Si le débat reste cantonné à l’interprétation du rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), on peut en douter. Le gouvernement s’y réfère pour affirmer la « nécessité » de sa réforme, et la justifier par « les chiffres » qui seraient « implacables ». Les opposants à la réforme en retiennent qu’une réforme n’est pas nécessaire pour préserver notre système de retraites. On a là les ingrédients d’un dialogue de sourds propre à entretenir auprès de Monsieur et Madame Toutlemonde un scepticisme qui ne favorisera pas la mobilisation.

Or ce rapport, dont les prévisions à trente ans (!) sont éminemment sujettes à caution, reconnaît que, « selon les préférences politiques, il est parfaitement légitime de défendre que [les dépenses de retraite] sont trop ou pas assez élevées, et qu’il faut ou non mettre en œuvre une réforme du système de retraite ». Retenons-en que les arbitrages à opérer relèvent de choix de société profondément politiques, au sens noble du terme.

Veut-on une société de solidarité où le travail et les richesses créées seront partagés ?

Contre les justifications financières avancées par le gouvernement, qui sont moins inhérentes au système des retraites qu’à sa volonté de ramener dans les critères de Maastricht le déficit global de l’État, précédemment aggravé par ses cadeaux fiscaux, la gauche gagnerait à porter la confrontation sur l’avenir que nous voulons bâtir.

Veut-on une société de solidarité où le travail et les richesses créées seront partagés ? Où chacun pourra accéder suffisamment tôt à une retraite digne, qui ouvre une nouvelle étape de sa vie ? Pour financer cela, des propositions existent. Ce ne sont juste pas celles que les néolibéraux veulent retenir.

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Parti pris

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