Gauche et intellectuels : une longue histoire achevée ?
Il est loin, le temps des Sartre, Beauvoir, Foucault, Bourdieu… Les penseurs progressistes ont peu à peu renoncé à l’engagement politique, au risque de céder le terrain à leurs adversaires. Retour sur un lent divorce.
dans l’hebdo N° 1740 Acheter ce numéro

© GEORGES GOBET / AFP
Le 15 novembre 1995, Alain Juppé, à Matignon depuis quelques mois, décide de présenter au pas de charge un plan de « réformes nécessaires à la modernisation du pays » – vite soutenu par la CFDT. Immédiatement, les éditocrates omniprésents dans les médias, dont beaucoup sont proches de la centrale syndicale, s’enthousiasment devant le « courage » et la « cohérence » de ladite réforme de la protection sociale et du système de retraite.
L’histoire se répète. À l’époque, des grèves s’engagent rapidement, notamment dans les transports publics (dont les retraites des agents sont visées au premier chef par le texte gouvernemental). Les intellectuels favorables au plan Juppé sont alors appelés à la rescousse et, sous l’égide des Touraine, Rosanvallon et Julliard, une pétition tente d’en présenter les éléments « progressistes ».
Il y a urgence tout à coup puisque, surprise, les premiers sondages montrent un fort soutien de la population au mouvement social. On parle même de grève « par procuration », les agents du service public se mobilisant en quelque sorte pour les salariés du privé, pour qui il est plus difficile de débrayer.
Face à cette pétition, un autre texte, en « soutien aux grévistes » cette fois, recueille tout aussi vite de nombreuses et prestigieuses signatures : derrière celle de Pierre Bourdieu, on trouve les noms de Pierre Vidal-Naquet, Lucie et Raymond Aubrac, Gérard Mauger, Daniel Bensaïd ou encore Étienne Balibar (1).
Ce fut sans doute l’un des derniers moments où deux groupements d’intellectuels se sont affrontés dans un débat public clivant l’ensemble de la société. Depuis (peut-être
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