« Tous politiques ! », la très macroniste association de formation d’élus

La question de l’indépendance se pose au sein de la formation d’élus lancée par Renaissance en 2018, reconnue par les ministères du Travail et de l’Intérieur, et financée en partie par des fonds publics.

Lucas Sarafian  • 14 février 2023
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« Tous politiques ! », la très macroniste association de formation d’élus
Capture d'écran du site web de Tous politiques !
© DR

Si quelqu’un en doutait encore, Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron, est bien un parti comme les autres. Mêmes logiques, mêmes manœuvres. Un organigramme, des référents locaux et même une école de formation pour ses élus dans toute la France. À l’image du RN qui a l’Iforel, du PCF et le Cidefe, ou du PS et sa Formation Condorcet, Renaissance a lui aussi son organisme de formation.

Moins connu et implanté que ses concurrents, Tous politiques ! interroge autant, notamment au regard de sa forte proximité avec son parti de « tutelle ». Avec des logiques qui rappellent des affaires ciblant des partis de droite comme de gauche… Cet « ancien monde » dont Emmanuel Macron ne voulait plus entendre parler.

Au premier abord, le site de l’association est clair : Tous politiques ! se présente comme « l’institut des progressistes ». L’objectif ? « Soutenir et accompagner l’engagement politique des citoyens, militants et élus progressistes. » Avec des séminaires, des publications, des journées de rassemblement… Cet « institut » fait partie du petit monde de la formation d’élus. Grâce à ces événements, celui qui s’inscrit apprend à « s’approprier le rôle d’élu, construire son réseau, trouver de l’entraide et incarner une force progressiste constructive, inspirante et éclairée en local ».

L’association n’oublie pas non plus d’indiquer qu’elle est « référencée comme organisme de formation auprès du ministère du Travail et agréée à la formation des élus locaux par le ministère de l’Intérieur ». Et de continuer : « Tous nos formats dédiés aux élus locaux sont intégralement finançables par les dispositifs publics dédiés. ».

Ces dispositifs s’appellent le droit individuel à la formation des élus locaux (Dife) ou le droit à la formation des élus locaux (DFEL). Le premier est alimenté par les cotisations des élus et géré par la Caisse des dépôts et consignations. Le second est voté et provisionné à l’échelle des collectivités locales. Ces deux fonds sont à disposition des élus pour qu’ils puissent payer des formations de leur choix reconnues par le ministère de l’Intérieur. En clair, de l’argent public en échange d’une mission d’intérêt général. Mais au sein de l’association, il y a de curieux mélanges des genres.

Direction 100 % macroniste

Jean-Louis Fousseret a été le président intérimaire de cette association. L’ancien maire de Besançon est un soutien d’Emmanuel Macron depuis 2017 et a été chargé de prendre la tête de Tous politiques ! dès sa création en 2018. Il a été remplacé tout récemment par Benoît Gauvan, maire de la petite commune d’Oraison et ex-référent départemental du parti présidentiel des Alpes-de-Haute-Provence. La vice-présidente, Jeanne Dromard, est conseillère politique du groupe Renew au Parlement européen dans la division « Relations inter-institutionnelles, parlements nationaux et networking ».

Dans son assemblée générale se trouvent une ex-membre du gouvernement – Bérangère Abba, secrétaire d’État chargée de la Biodiversité entre 2020 et 2022 –, mais aussi des anciens ou actuels députés appartenant à la majorité présidentielle : Bruno Millienne (Modem), Guillaume Kasbarian (Renaissance), dont l’ancienne assistante parlementaire est aujourd’hui directrice administrative et financière de l’association, selon son compte Linkedin, Jacqueline Maquet (Renaissance), ou encore Olivier Damaisin (délégué général d’Alliance centriste).

D’autres profils incarnent encore un peu plus cette porosité. Parmi les membres de la gouvernance de l’association, Violette Spillebout, qui cumulait déjà deux postes au sein du milieu macroniste : déléguée fonctionnelle de Renaissance chargée des assemblées départementales, députée du Nord depuis 2022. Ou encore Claire Le Deuff, conseillère technique à l’Élysée auprès d’Alexis Kohler. En bref, au sein de Tous politiques !, le macronisme est à tous les étages.

Ainsi, on organise la rentrée de l’association sur deux jours, le 7 et le 8 octobre à Paris, avec La République ensemble, la fédération des élus de la majorité présidée par Stéphane Travert, ancien ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation entre 2017 et 2018. On prévoit une journée avec les Jeunes avec Macron le 15 avril.

Et, surtout, on n’oublie pas de faire la promotion de l’action gouvernementale en ce qui concerne l’égalité femmes-hommes, la transition écologique, les politiques de solidarité dans des publications diffusées à la fin de « parcours » de formations parrainés par des membres de la majorité comme l’ex-ministre du Logement Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative, Marlène Schiappa, ou Adrien Taquet, ancien secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles.

Autre preuve de la proximité de cette association avec le parti présidentiel : Tous Politiques ! a son adresse au 68, rue du Rocher, dans le 8e arrondissement de Paris, selon un document financier que Politis a pu consulter. La même adresse que le siège de Renaissance depuis juillet 2021. Avant ça ? L’association se trouvait au 63 rue Sainte-Anne, dans le 2e arrondissement. C’est à cette même adresse que La République en marche s’est installée en septembre 2017.

Pour Patrick Mennucci, l’ex-député PS à la tête de la Fédération nationale des organismes de formation des élus locaux, le syndicat du milieu, « ce n’est pas scandaleux. Si je suis un élu local, je veux me faire former en fonction de mes convictions. J’ai le droit de décider si je veux être formé par un facho sur la laïcité ou non ». Et de préciser : « Il peut toujours y avoir des excès comme une formation trop affiliée à un parti. Même si je pense que ce n’est plus trop le cas. Ces histoires, c’est derrière nous. »

La vraie question, c’est l’autorisation qui est donnée à ces formations.

Pour Éric Kerrouche, sénateur socialiste, « la vraie question, c’est l’autorisation qui est donnée à ces formations. Aujourd’hui, il y a une progression dans le contrôle et assez de pluralité au sein du Conseil national de la formation des élus locaux (CNFEL) pour que le système soit sain. Si elle est reconnue, on peut imaginer qu’elle a donné un certain nombre de garanties. »

Interrogé sur les critères sur lesquels se fondent les discussions du CNFEL (adossé aux ministères de l’Intérieur et des Collectivités territoriales), qui est chargé de rendre des avis sur les dossiers de formations, le président de ce conseil, Thierry Tassez explique que l’indépendance de ce type de structure vis-à-vis d’un parti politique est l’une des questions discutées : « Les partis politiques ont souvent leur organisme de formation. Si celui-ci propose des formations pour tout le monde, il n’y a aucun problème. Quand c’est une structure à réseau interne, le débat s’installe et c’est plus compliqué. »

Réseau interne ou pas ?

Mais le conseil ne peut pas s’exprimer publiquement sur les dossiers précis. Impossible donc de savoir si le dossier de Tous Politiques ! a eu un avis favorable. Reste que cette association est aujourd’hui un organisme de formation d’élus reconnu par le ministère de l’Intérieur.

Cette association travaille-t-elle « à réseau interne » ? Nous avons transmis toutes nos questions par écrit et contacté l’association à plusieurs reprises, « Tous Politiques ! » n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais force est de constater que la frontière séparant le parti d’Emmanuel Macron de cette association est très poreuse. Rien d’illégal et même très courant dans le monde politique, mais la démarche questionne.

Le vendredi 29 juin 2018, lors d’une conférence de presse, c’est Christophe Castaner, alors patron de LREM, qui annonce le lancement de cet organe de formation, aux côtés de Jean-Louis Fousseret et Patricia Schillinger, sénatrice et soutien d’Emmanuel Macron dès 2017. Pour le délégué général du parti et secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, Tous Politiques ! n’est pas « une machine idéologique. Former n’est jamais endoctriner. Former, c’est donner à chacun la liberté de penser et d’agir par soi-même ».

Selon l’ancien patron du parti, ce n’est donc pas l’école de La République en marche. Mais il annonce quand même vouloir investir 3,7 millions d’euros dans cette association sur trois ans. Le service communication de Renaissance n’a pas non plus répondu sur ce point.

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