Vidéosurveillance : comment Brest a dû capituler

Quinze caméras de voie publique seront expérimentées dans la ville bretonne. Maire depuis 2001, le socialiste François Cuillandre avait toujours refusé d’en installer. Un cas emblématique des pressions exercées par l’État sur les communes pour qu’elles s’équipent de ces outils à l’utilité débattue.

Romain Haillard  • 8 février 2023 abonné·es
Vidéosurveillance : comment Brest a dû capituler
Cameras de surveillance de la mairie du 14e arrondissement de Paris.
© Riccardo Milani / Hans Luca/AFP.

La cité du Ponant faisait figure d’exception dans le paysage municipal français. Une ville de plus de 100 000 habitants sans caméras sur la voie publique ? Ces outils avaient déjà fait leur apparition dans les transports en commun ou sur les bâtiments municipaux, mais nul objectif ne surveillait les rues. Le maire s’y refusait depuis son premier mandat, il y a plus de vingt ans. Pourtant, une expérimentation de quinze caméras dans le centre-ville et certains quartiers de Brest commencera d’ici au printemps prochain.

Comment la ville a-t-elle cédé ? Des commerçants excédés ; un feuilleton sur l’insécurité à la une de la presse locale ; un discours pro-caméras martelé par l’opposition de droite ; un préfet et un sous-préfet fraîchement arrivés ; un nouvel outil de contractualisation et des incitations financières toujours plus fortes de l’État. Tous ces ingrédients ont participé à faire tomber ce dernier bastion sans vidéosurveillance.

Fin septembre 2021, Le Télégramme fait sa une du cahier de Brest sur la délinquance dans le bas de la rue Jean-Jaurès, une artère commerçante. Le journal le plus lu du Finistère entame une longue série d’articles – plus d’une dizaine – sur le thème de l’insécurité. Le fait divers devient fait politique et le sujet domine dans l’agenda politique de la ville.

Dans la foulée, une réunion s’organise entre le sous-préfet, Jean-Philippe Setbon, tout juste débarqué dans le port, les commerçants, le procureur et la mairie. « Lors de cette réunion, nous avons exposé nos doléances, mais le maire a renouvelé sa position : il n’était pas pour l’installation de caméras », résume Armelle Le Bret, vice-présidente de l’association Vitrines de Brest. Des annonces sont faites dans la foulée, un autre rendez-vous est pris, notamment pour discuter d’un contrat entre la ville de Brest et l’État, un contrat de sécurité intégrée (CSI).

Du donnant-donnant... ou du chantage ?

Cet outil, créé par la loi sécurité globale de 2021, permet à l’État de passer un accord avec une ville

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Clara, victime de violences par son ex-mari français, menacée d’expulsion
Enquête 30 juillet 2026 abonné·es

Clara, victime de violences par son ex-mari français, menacée d’expulsion

La Canadienne, arrivée en France en 2020, est visée par une obligation de quitter le territoire français (OQTF). N’ayant pas reçu le document, ses recours, hors délai, ont été rejetés. Empêchant toute discussion sur le fond, notamment les violences conjugales qu’elle a subies de son ex-époux français.
Par Pauline Migevant
Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme
Récit 23 juillet 2026 abonné·es

Stérilet masculin : concevoir l’égalité hommes-femme

L’andrologue lilloise Julie Prasivoravong, spécialiste de la santé sexuelle et reproductive des hommes, s’est lancée dans la fabrication du premier stérilet masculin de l’histoire. Grâce à sa recherche, qui attise les curiosités, elle entend proposer une solution en faveur d’un meilleur partage de la charge contraceptive.
Par Hugo Forquès
Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes
Reportage 22 juillet 2026 abonné·es

Touristes et personnes exilées : les deux versants des Alpes

Dans les Hautes-Alpes, à la frontière franco-italienne, coexistent deux mondes qui se croisent peu. Celui des touristes profitant de la montagne et celui des personnes exilées qui empruntent les sentiers dans des conditions dangereuses, aggravées par la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins
Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime
Enquête 21 juillet 2026 libéré

Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime

Les actes politiques se jouent aussi dans la sphère privée, loin des manifestations, des meetings ou des actions coups de poing. Dans une France toujours contaminée par le patriarcat, des ami·es s’unissent pour s’offrir plus de protection et célébrer la force du lien.
Par Céline Martelet