Chère virilité

Lucile Peytavin, dans un remarquable petit opus, nous renseigne sur « le coût de la virilité » dans notre pays. Un livre que tous les membres du gouvernement Borne auraient été bien avisés de lire tant le constat qui y est établi est terrifiant.

Christelle Taraud  • 22 mars 2023
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Chère virilité
Manifestation féministe à Paris, le 8 mars 2023.
© Lily Chavance

Alors que l’exécutif fait passer au forceps une loi inique, Lucile Peytavin, dans un remarquable petit opus, nous renseigne sur « le coût de la virilité » dans notre pays (1). Un livre que tous les membres du gouvernement Borne auraient été bien avisés de lire tant le constat qui y est établi est terrifiant.

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Le Coût de la virilité, Lucile Peytavin, Le Livre de Poche (1re éd. 2021), 208 pages, 7,70 euros.

Ainsi, au lieu de rogner des retraites souvent bien modestes déjà, d’allonger un temps de travail pénible pour nombre de personnes, de monter les jeunes contre leurs aînés (et inversement), de pénaliser les femmes comme à l’habitude, il aurait été utile de se rappeler ce chiffre sidérant, au cœur de l’implacable démonstration de Lucile Peytavin : 95,2 milliards d’euros, c’est ce que coûtent annuellement à la France les comportements virils toxiques, délictueux et criminels. Comme elle le souligne à juste titre, ce chiffre faramineux mérite d’être pris au sérieux.

95,2 milliards d’euros, c’est ce que coûtent annuellement à la France les comportements virils toxiques, délictueux et criminels.

Une bonne manière de comprendre l’ampleur du désastre est de s’intéresser à l’omniprésence de la violence masculine dans la société par ce qui apparaît comme le plus visible. À titre d’exemples, les hommes « représentent 83 % des 2 millions d’infractions pénales traitées annuellement par les parquets et 90 % des personnes condamnées par la justice, 86 % des mis en cause pour meurtres, 99 % des auteurs de viols, 84 % des auteurs présumés d’accidents routiers mortels, 92 % des élèves sanctionnés pour des actes relevant d’atteinte aux biens et aux personnes au collège, 95 % des mis en cause pour vols violents avec armes et in fine 93,3 % de la population carcérale ».

Lucile Peytavin virilité

Aussi, la formule qui consiste à dire que « les prisons sont pleines » est donc inexacte. Il faudrait dire, pour être tout à fait honnête, que « les prisons sont surtout remplies d’hommes ».

Or, sauf à penser que les hommes seraient « naturellement » violents, force est de constater que c’est l’éducation inégalitaire et différenciée, dans l’ensemble des instances de socialisation (famille, école, sport, travail, etc.), qui privilégie clairement les hommes par rapport aux femmes tout en réaffirmant le primat d’un masculin violent sur un féminin méprisable, qui doit être pointée du doigt. Et cela concerne toutes les catégories d’hommes quels que soient leur âge, leur milieu social, leur couleur de peau, leur confession religieuse (s’ils en ont une).

Il faudrait dire, pour être tout à fait honnête, que « les prisons sont surtout remplies d’hommes ».

Le coût de la virilité est donc exorbitant. À l’image de ce dernier chiffre glaçant : « En Île-de-France, 43 % des faits de violences graves contre les femmes (toutes catégories confondues) se déroulent dans les transports en commun […], 87 % y ont été victimes de harcèlement sexiste, de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles. Au total 6 femmes sur 10 craignent d’y être agressées. »

Sortir du culte de la virilité et de la masculinité hégémonique nous ferait donc économiser des sommes astronomiques qui pourraient trouver une utilité immédiate dans l’école, la santé, la culture, l’écologie en sus de changer radicalement notre vivre-ensemble. 

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