« La gauche ne nous semble pas au bon endroit sur les questions de santé »

Anciens militants d’Act Up-Paris, Pauline Londeix et Jérôme Martin ont fondé l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds). Une structure activiste devenue référente sur les questions de santé publique, alors que la pandémie de covid-19 se développait.

Olivier Doubre  • 9 mars 2023 abonné·es
« La gauche ne nous semble pas au bon endroit sur les questions de santé »
Jérôme Martin et Pauline Londeix, à Paris, en février 2022.
© Clémence Demesme – tous droits réservés.

Pauline Londeix est née en 1986, elle a été vice-présidente d’Act Up-Paris en 2008. Elle a ensuite travaillé pour des ONG sur les politiques des médicaments à travers le monde, surtout dans les pays à bas et moyens revenus, mais aussi aux États-Unis ou à Genève, où siège l’Organisation mondiale de la santé. Jérôme Martin, enseignant en banlieue parisienne, né en 1974, a été président d’Act Up-Paris de 2003 à 2005. Il a ensuite milité contre le racisme et pour une laïcité ouverte, opposée à son instrumentalisation par la droite et l’extrême droite. En 2019, ils ont fondé ensemble OTMeds.

Pourquoi avoir créé cet observatoire, OTMeds ?

Pauline Londeix : En 2019, nous avions réussi avec d’autres activistes à obtenir le revirement de la position française à l’Organisation mondiale de la santé [en faveur de l’adoption d’une résolution censée permettre plus de transparence sur les politiques du médicament, la fixation des prix et l’accès des populations aux médicaments génériques, notamment dans les pays du Sud], et in fine emporté le vote du texte [car le revirement français a entraîné un basculement général des autres États, à l’exception du Royaume-Uni et de l’Allemagne].

Sur le modèle de ce que nous avions appris à Act Up-Paris : en révélant au public et aux médias la position – scandaleuse – du gouvernement français, à la veille des élections européennes. C’est là qu’est née la volonté de créer une structure plus pérenne, qui puisse travailler sur ces questions, mener des enquêtes, produire des données et des textes, intervenir dans le débat public. Nous nous sommes alors retrouvé·es, Jérôme et moi, autour de ce projet.

Jérôme Martin : Après quinze ans à Act Up, je suis passé à autre chose, notamment des activités syndicales dans l’enseignement, antiracistes, sur les questions de laïcité. Mais quand, en 2019, il y a eu cette bataille que vient de décrire Pauline, cela m’a tout de suite rappelé la conférence internationale de Vienne en 2010 sur le sida, où des activistes du Sud étaient venus nous voir en nous disant : c’est très bien de vous battre sur les questions de brevets, de prix et d’accès aux médicaments pour nous, au Sud, mais vous devriez aussi poser la question au Nord.

Nous avons appris des militants du Sud que la question des traitements et du rapport de force avec l’industrie pharmaceutique était systémique.

De fait, cela s’était très peu fait jusqu’alors. Nous avons ainsi appris des militants du Sud que la question des traitements et plus largement du rapport de force avec l’industrie pharmaceutique ne devait pas se limiter à une dimension « humanitaire », mais qu’elle est bien systémique, structurelle.

P. L. : En juin 2019, on a donc créé OTMeds. D’abord pour contraindre la France à appliquer ce texte que nous avions contribué à faire adopter. À peine six mois après, la pandémie de covid a débuté. Une dynamique était déjà enclenchée, avec des rendez-vous obtenus avec le cabinet d’Agnès Buzyn, ministre à l’époque, puis d’autres autorités sanitaires. Et on a bientôt passé beaucoup de temps avec des médias, puisque nous mettions le doigt sur des problématiques centrales de santé publique.

Justement, alors que les questions en matière de santé sont toujours plus vives, notamment avec

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