Perpignan-Rungis : un deuxième train quotidien, c’est possible !

TRIBUNE. Un texte signé par diverses personnalités appelle à la réouverture du « train des primeurs », actuellement suspendu, et demande que le ministre des Transports, Clément Beaune, reçoive sans attendre un deuxième chargeur pour engager la mise en place d’une liaison ferroviaire supplémentaire entre Perpignan et Rungis.

Collectif  • 29 avril 2023
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Perpignan-Rungis : un deuxième train quotidien, c’est possible !
© Sergey Lapunin / Unsplash.

Après une première tentative en 2019, c’est avec colère et consternation que nous avons appris la nouvelle suspension pendant plusieurs jours du train dit « des primeurs » qui achemine chaque jour des fruits et légumes frais depuis Perpignan au cœur du marché d’intérêt national (MIN) de Rungis.

Contrairement à ce que laisse entendre la direction de FRET SNCF, ce ne sont pas les grèves qui perturbent l’activité du transport de marchandises par rail dans notre pays mais les choix politiques en faveur de la route.

Si la décision de suspension du contrat résulte du choix de l’unique chargeur du train des primeurs, elle est l’illustration de l’inaction, pour ne pas dire du sabotage, organisé par la direction de la SNCF et le gouvernement depuis plusieurs décennies.

Le Ministre des transports peut bien tenter de parler de « fake news » la liaison Perpignan- Rungis, sauvée une première fois grâce une incroyable mobilisation mêlant citoyens, syndicats, associatifs et politiques, est le symbole des renoncements de l’état.

En l’espace de deux décennies FRET SNCF a perdu 10 000 emplois.

Depuis 2006, date de l’ouverture à la concurrence, la part modale est passée de 22% à 10,7% avec comme corolaire le transfert de plus de 2 millions de camions sur nos routes ! En l’espace de deux décennies FRET SNCF a perdu 10 000 emplois passant de 15 000 cheminots à moins de 5 000. Pour les infrastructures et le matériel c’est la même saignée. Sur les 2 800 installations temporaires embranchées qui desservent des usines et des entreprises, seulement 1 000 sont utilisées. Et la SNCF a même vendu ses filiales de wagons et de locomotives fret.

Un dépeçage en bonne et due forme à rebours des enjeux climatiques qui se trouvent face à nous !

Après 15 ans de libéralisation, le bilan est sans appel !

L’équation est simple. La relance, et le développement du fret ferroviaire, passent par la mise en place d’une grande politique publique de transport de marchandises en rupture avec les exigences des marchés financiers et la sortie du rail public de la soumission à l’économie de marché imposée par nos décideurs.

En effet, quel meilleur moyen avons-nous que le ferroviaire public pour engager un changement radical dans un secteur qui génère aujourd’hui 30 % des gaz à effet de serre, dont près de 95 % incombent au transport routier de marchandises et voyageurs ?

Alors qu’en France, chaque année, 48 000 personnes décèdent prématurément en raison de la pollution (soit 9 % de la mortalité en France) la relance, et le développement de la liaison Perpignan Rungis est un enjeu de santé publique. Chaque fois que ce train ne roule pas ce sont 44 tonnes de CO2 supplémentaire qui sont jetées dans l’atmosphère !

Chaque fois que ce train ne roule pas ce sont 44 tonnes de CO2 supplémentaire rejetées.

En février dernier, la Première ministre Elisabeth Borne annonçait un grand plan de financement du ferroviaire soulignant que « les transports sont la première source d’émission de gaz à effet de serre. Un tiers du total. Agir est donc une nécessité absolue, nous n’avons pas d’alternative ».

Des mots justes, mais encore une fois dépourvus de toute action volontariste de la part de l’État.

S’insurger ne suffit plus, il faut agir. Nous avons des infrastructures, un savoir-faire et des acteurs prêts à jouer le jeu. La seule chose qui manque c’est une volonté politique affirmée et une action publique forte de l’État.

Un deuxième chargeur a d’ores et déjà témoigné de sa volonté de passer par le train sans que la direction de FRET SNCF ne daigne répondre à ses sollicitations.

Un deuxième chargeur a déjà témoigné de sa volonté de passer par le train.

Monsieur le Président de la République, le temps des demi-mesures est terminé. Cessez de choyer le lobby routier et engagez sans attendre une politique ferroviaire publique ambitieuse qui passe par le retour à une entreprise 100 % publique, le retour du wagon isolé et le développement massif de l’intermodalité en lien avec les infrastructures que sont les ports et MIN.

Déjà mobilisés en 2019, nous serons à nouveau en première ligne pour défendre la liaison Perpignan- Rungis et exiger son développement massif.

Nous demandons que le ministre des Transports, Clément Beaune, reçoive sans attendre le deuxième chargeur pour engager la mise en place d’une deuxième liaison ferroviaire entre Perpignan et Rungis.


Signataires

Olivier Besancenot, porte-parole du NPA.

Berenger Cernon, Syndicaliste CGT cheminots à Paris gare de Lyon.

Leïla Chaibi, Députée européenne LFI.

Thomas Clavel, secrétaire général de la CFDT-Cheminots.

Thibaut Godin porte-parole d’Action Non-Violente COP21 (ANV-COP21).

Eddie Jacquemart, Président de la CNL.

Sebastien Jumel, Deputé PCF.

Rachel Kéké, Députée LFI.

Mathilde Larrere, Historienne.

Erik Mayer, secrétaire général sud-rail.

Mathilde Panot, Députée LFI.

Alice Picard Porte-parole d’ATTAC.

Thomas Porcher, Économiste

Thomas Portes, Député LFI.

Sandrine Rousseau, Député EELV.

Nicolas Sansu député PCF.

Eleonore Schmitt, porte-parole de l’union étudiante.

Anthony Smith, responsable syndical CGT au ministère du travail.

Ephram Strzalka-Beloeil, vice-président de la voix lycéenne.

Sophie Taillé-Polian, Députée Génération.s.

Benoît Teste, secrétaire générale FSU.

Emma Tosini, porte-parole d’Alternatiba.

Aurélie Trouvé, Députée LFI.

Boris Vallaud, Député PS.

Et le Syndicat CGT des cheminots de Perpignan.

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