Le jardinage, c’est révolutionnaire

L’écologie a besoin de la lutte des classes pour sortir du capitalisme, et le jardinage en est l’une des solutions et l’un des moyens.

Jérôme Gleizes  • 3 mai 2023
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Le jardinage, c’est révolutionnaire
Jardins ouvriers de Beaune, La Cerisière. Un groupe de jardiniers vers 1905/07.
© Photographe inconnu. Editeur Bauer & Marchet de Dijon.

« L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage. » Cette phrase de Chico Mendes, militant syndicaliste brésilien, défenseur des seringueros – les travailleurs des plantations d’hévéas dans la forêt amazonienne –, est souvent décontextualisée par des personnes qui ne comprennent pas ce qu’est l’écologie et encore moins ce que serait une société post-capitaliste et post-productiviste.

L’écologie a certes besoin de la lutte des classes pour sortir du capitalisme, mais le jardinage est l’une des solutions et l’un des moyens ! Chico Mendes le savait et a été assassiné pour s’être opposé aux propriétaires terriens latifundiaires qui détruisaient la forêt amazonienne, en défendant une exploitation protectrice de l’écosystème.

Historiquement, le jardinage que nous retrouvons dans les jardins ouvriers (1), ou dans les lopins de terre des kolkhozes soviétiques, n’est pas uniquement un moyen de se nourrir mais un outil de résistance contre le patronat, et contre le pouvoir stalinien, pour défendre une nouvelle forme de société et de propriété.

Le jardinage est écologique, post-capitaliste et post-productiviste.

C’est un lieu d’émancipation face à des pouvoirs dominants de nature variable. C’est même un mouvement politique, le Guerrilla Gardening, né dans les années 1970 à New York, d’occupation de territoires pour reconquérir des espaces de pleine terre dans la ville et introduire de la biodiversité, et d’opposition à l’agro-industrie.

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Cent ans d’histoire des jardins ouvriers, 1896-1996, Béatrice Cabedoce et Philippe Pierson (dir.), Créaphis, 1996, et La Société jardinière, Damien Deville, Le Pommier, 2023.

Le jardinage est écologique. Il est post-capitaliste et post-productiviste. C’est l’appropriation locale de lopins de terre pour une production territorialisée, une production choisie (donc potentiellement agrobiologique). Il supprime les rapports de subordination du salariat puisqu’il y a un lien direct entre le rapport de production et le rapport de consommation.

Il est émancipateur car il permet de se réapproprier des actes du quotidien, de lier l’alimentation à la production des aliments. Il est antiproductiviste car il permet de produire selon les besoins et de répartir selon les participants. Il est collectif car c’est un échange permanent d’expériences, de savoirs. La propriété est le plus souvent collective.

Il introduit une biodiversité et une diversité alimentaire là où le bitume et le béton se développent, là où une nourriture est homogénéisée par l’agro-industrie. Il introduit des pratiques agricoles écologiques comme la permaculture. Il permet de semer, au sens littéral comme au sens figuré, des graines qui permettent de générer autant de la biodiversité que de l’espoir.

Le jardinage est de facto une forme de lutte adaptée aux villes. Il permet de changer le système progressivement à travers des expériences collectives de production et de réappropriation des territoires.

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