Le marché de dupes de Macron

Le président de la République souhaite des baisses d’impôts de 2 milliards d’euros d’ici à 2027, concentrées sur « les classes moyennes ». Alors qu’en toile de fond, un futur sombre se dessine avec le « refroidissement de la dépense publique » du programme de stabilité.

Michel Soudais  • 16 mai 2023
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Le marché de dupes de Macron
Emmanuel Macron, en déplacement à Saintes, le 4 mai 2023.
© Thibaud MORITZ / POOL / AFP.

Multiplication des déplacements, des discours et entretiens. Emmanuel Macron est à l’offensive. En président bavard, façon Nicolas Sarkozy, le chef de l’État sature l’espace médiatique par ses apparitions – vendredi à Dunkerque, dimanche aux côtés de Zelensky, lundi avec Elon Musk puis 200 patrons étrangers à Versailles – et ses prises de parole. Un long entretien à Challenges jeudi, un autre dans L’Opinion lundi, entrecoupé d’une tribune dans le Financial Times vendredi, et pour finir (si l’on peut dire) par une interview dans le 20 heures de TF1.

À chaque intervention, lui qui regrettait ne pas s’être assez mouillé pour défendre « sa » réforme des retraites, explique et réexplique fébrilement le sens de son action. Vante ses résultats et expose ses projets, comme un candidat en campagne rattrape celle qu’il n’a pas faite l’an dernier. Sa dernière promesse ne démentira pas cette impression.

Lundi, Emmanuel Macron a donc annoncé souhaiter 2 milliards de « baisses d’impôts […] d’ici 2027 » concentrées sur ce qu’il appelle « les classes moyennes ». Une catégorisation fourre-tout, très prisée des libéraux, dont il donne une définition à double entrée. Qualitative sur TF1, où elle désigne « les Françaises et les Français qui travaillent dur, qui veulent bien élever leurs enfants [sic] et qui aujourd’hui […] ont du mal à boucler la fin du mois ». Quantitative dans L’Opinion, où il évoque ceux qui « sont trop riches pour être aidés et pas assez riches pour bien vivre » et gagnent « entre 1 500 et 2 500 euros », soit à peine plus que le Smic (1 383 euros depuis le 1er mai).

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Ce « refroidissement » inédit aura pour conséquence de mettre à la diète des services publics.

Si l’on perçoit bien l’objectif de cette déclaration au moment où le chef de l’État annonce une accélération des réformes – « si on veut continuer d’embarquer le pays, nous avons encore besoin de redonner de la crédibilité au travail », explique-t-il crûment –, relativisons tout de suite sa portée. Pour l’heure, le président s’est contenté de « demander au gouvernement de [lui] faire des propositions » et ne ferme aucune porte car « il peut y avoir des choses intelligentes à faire sur une partie des cotisations » que paient les salariés.

Notez qu’en regard des vingt millions de foyers fiscaux qui seraient dans la tranche de revenus visés, 2 milliards ne représentent que 100 euros par foyer en moyenne, par an. Bien loin du coût total (18,5 milliards) de la suppression de la taxe d’habitation. Enfin, il s’est bien gardé de donner un calendrier précis, laissant même entendre que ce coup de pouce pourrait s’étaler dans le temps, « quand la trajectoire budgétaire le permettra dans ce quinquennat ».

Nous nous garderons donc bien de prendre l’annonce d’Emmanuel Macron pour argent comptant, instruits du fait que « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », suivant le précepte cynique de l’ancien président du Conseil Henri Queuille, vingt et une fois ministre sous les IIIe et la IVe Républiques. Car en l’espèce, c’est un futur beaucoup plus sombre que dessine la « trajectoire budgétaire » dans laquelle le locataire de l’Élysée prétend que son allègement fiscal serait prévu.

Exposée dans le Programme de stabilité 2023-2027, adopté en conseil des ministres le 26 avril et transmis à la Commission européenne, celle-ci prévoit, tout en poursuivant les baisses d’impôts (surtout au profit des entreprises), d’« accélérer le désendettement de la France ». Pour ramener le déficit public à 2,7 % du PIB en 2027 (alors qu’il était à 4,7 % l’an dernier) et réduire la dette publique de 115,6 % à 108,3 % du PIB, le gouvernement n’a retenu qu’une seule option : le « refroidissement de la dépense publique ».

Comme ces choses-là sont dites ! De 57,5 % du PIB en 2022, elle doit passer à 53,5 % en 2027, ce qui représente plus de 105 milliards d’euros d’économie. Concrètement, ce « refroidissement » inédit aura pour conséquence de mettre à la diète des services publics et de réduire des prestations sociales. Les prétendues « classes moyennes » ne devraient pas tarder à se rendre compte que le pourboire fiscal promis a tout d’un marché de dupes.

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