Brigitte Fontaine : « Je suis libre quand j’écris. Vaguement »
La reine des kékés nous reçoit chez elle, à Paris, pour parler de sa dernière œuvre poétique, Fatrasie. Brigitte Fontaine y parle de vie et de mort. Et prévient : elle « ne mourra pas ».
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© Célia Pernot
J’aime Brigitte Fontaine. Autant être honnête. J’ai tout lu, tout vu, tout entendu. Vous la connaissez pour ses shows télévisés. La poète est bien mal connue. Elle est pourtant l’une de nos plus grandes plumes. Elle passe sa vie à écrire : de la poésie, des romans, des pièces de théâtre. Elle chante aussi. Elle est comédienne surtout. Brigitte est dans l’air du temps. Ne regarde jamais en arrière. Aujourd’hui, elle nous offre un recueil de poésie. Avec Fatrasie, elle voulait nous faire rire. Qu’il est difficile de rire du tragique ! Elle nous dévoile un corps, son corps, ce « squelette tordu » avec son « peu de chair froissée » qui lui reste, et qui la fait tant souffrir, les mots pour seul remède. Elle n’en reste pas moins connectée et sensible aux désordres du monde qu’elle décrit avec ses belles lettres, tantôt avec dégoût, tantôt avec colère, tantôt avec tendresse. Brigitte Fontaine n’est jamais résignée. Et toujours prête à prendre les armes.
Dans Fatrasie, vous parlez beaucoup de vie, d’amour, de peur, de chat, de couple. On passe par tout type d’émotions…
Brigitte Fontaine : D’amour, sûrement pas. Je suis très contente que ce livre vous ait ému mais je n’ai pas fait ce livre pour ça. Je voulais qu’on rie. Je voulais rire et que les gens rient, mais je crois que c’est plutôt raté de ce côté-là. C’est plutôt dur et un peu triste, par moments. Et par moments c’est rigolo.
Vous ne parlez pas d’amour dans Fatrasie ?
C’est-à-dire que je n’y crois pas tellement, à l’amour. L’amour c’est du pipeau. C’est bon pour les gogos !
Il est pourtant question d’une histoire d’amour dans ce livre. Un amour juvénile entre Sabine et Mateo…
C’est une petite histoire d’amour sympa. Une histoire de sexe. Mais je ne sais pas si l’amour existe entre eux deux.
La souffrance est très présente dans Fatrasie. « Souffrance presque palpable qui emplit les cubes », écrivez-vous. « Injuste Dieu, je te hais. Injuste Dieu, tu me tues. » Et la science dans tout ça, vous l’épargnez ?
Je ne connais pas la science. Nous n’avons pas été présentées. Au lycée, je n’écoutais jamais rien. Mais j’ai quand même été reçue avec mention bien au baccalauréat.
« Être enfermée dans un corps », écrivez-vous. Vous décrivez le corps comme une « gracieuse laideur », « les mollets comme des sacs vides. Les bras, une peau rageusement crépue, le cou, celui d’un dindon ». En 2009, dans l’album Prohibition, vous assumiez : « Je suis vieille et je vous encule avec mon look de libellule. » Que s’est-il passé entre cet album, Prohibition, et Fatrasie ?
Il s’est passé, notamment, une grosse fracture des vertèbres. J’ai un genre de collier d’épines dans le dos qui fait très mal, ainsi que toutes les côtes et tous les os. Je vis, si on peut appeler ça vivre, toujours allongée, mais sur le côté.
« Entre la mort et moi, un barrage : l’écriture. » Est-ce que l’écriture efface ou atténue les douleurs ? Est-ce que l’écriture guérit les maux ?
C’est-à-dire que je suis attirée par les mots.
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