Julian Assange ou notre droit de savoir sacrifié

TRIBUNE. Sans accès à la vérité, pas de combat possible contre l’ignorance et les injustices. Le risque que Julian Assange soit livré à ses bourreaux états-uniens avec la complicité active de leur vassal britannique est imminent.

Collectif  • 30 juin 2023
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Julian Assange ou notre droit de savoir sacrifié
© Samuel Regan-Asante / Unsplash.

Ce 8 juin 2023, nous apprenions le rejet par la Haute Cour britannique, de l’ultime appel possible des avocats de Julian Assange. C’est un coup de massue. Un de plus. Mais celui-ci risque d’être le coup fatal. 

Par cette tribune, 

Nous appelons nos concitoyens à se lever pour que les agissements obscurs de nos gouvernements contre nos intérêts soient portés à notre connaissance ; 

Nous appelons les Maires de France, à l’instar de Stains et de nombreuses villes italiennes, à déclarer Julian Assange citoyen d’honneur de leur ville ou commune ; 

Nous appelons tous les journalistes, soucieux du respect de la Charte de déontologie de Munich 1, à suivre et rendre compte du calvaire enduré par leur confrère emprisonné et torturé psychologiquement en Occident, comme ils le font pour les journalistes retenus en otage. 

« La plus grande tragédie de la vie n’est pas la mort, mais ce qui meurt en nous tandis que nous vivons. » 

C’est en faisant résonner cette citation de Norman Cousins que nous souhaitons vous sensibiliser à la cause de Julian Assange, journaliste australien persécuté par Washington. Car ces mots prennent tous leurs sens dans la situation que vit le fondateur de WikiLeaks. Ils traduisent la longue agonie qu’il endure depuis près de 13 ans. Avec le sort réservé à Julian Assange s’éteint tout espoir d’une démocratie forte avec notamment pour fondements la liberté d’expression, le droit à une information d’intérêt public, et une justice qui ne soit pas l’instrument par lequel les puissants punissent ceux qui révèlent leurs crimes et turpitudes. Tous ces espoirs, tous ces principes de liberté se meurent avec la persécution politico-judiciaire qui est infligée au journaliste australien. 

Cette persécution, dénoncée par de nombreux observateurs indépendants a franchi une étape supplémentaire en avril 2019 quand Julian Assange a été expulsé manu militari de l’ambassade d’Équateur à Londres où il avait trouvé asile durant 7 longues années. Depuis plus de 4 ans, il croupit dans une cellule de 6 m2 dans la prison de haute sécurité de Belmarsh dans la banlieue londonienne, torturé psychologiquement, sans condamnation, en détention provisoire et arbitraire depuis 3 ans, dans l’attente d’une extradition très probable réclamée par les États-Unis sur la base d’accusations arbitraires dont la légalité même est contestée par de nombreux experts en droit. Il risque jusqu’à 175 années de prison pour « espionnage » (en réalité, pour avoir exercé son métier de journaliste). 

C’est pour cela que nous disons, avec la famille de Julian Assange, que cette affaire est purement politique. C’est la persécution politique d’un journaliste très gênant, tout simplement. C’est cela que l’instrumentalisation de la justice permet. C’est cela que l’inaction et la complicité des gouvernements européens permettent. Les États-Unis cherchent à faire passer pour un dangereux espion le rédacteur en chef et fondateur de WikiLeaks, celui-là même qui a porté à la connaissance du public des preuves irréfutables de crimes, de corruption, de mensonges d’État, commis en toute impunité par ses persécuteurs. Les criminels l’accusent de crimes imaginaires, et le messager d’hier qui a su révéler leur véritable visage est diabolisé et qualifié d’infréquentable, grâce à une vaste campagne de dénigrement relayée par de nombreux médias. Vérité et justice sont ainsi laissées à l’abandon, méprisées ; une histoire banale quand les principes démocratiques sont mis de côté et quand, pour neutraliser un éveilleur de conscience, tous les moyens, jusqu’aux plus extrêmes, sont mobilisés sans compter. 

Rappelez-vous que WikiLeaks avait permis la révélation de l’espionnage de l’Elysée et de ministères par la NSA entre 2006 et 2012. Voilà comment se comporte une Nation prétendument alliée de la France. Quelle raison d’État nous rend si peu regardants sur le respect des droits fondamentaux des individus et nous fait consentir au sacrifice d’un éditeur maintes fois primé pour les informations qu’il a rendues publiques et pour la qualité incontestable de son travail ? 

Nous en appelons à votre sens de la justice. Nous ne pouvons pas en si peu de temps vous apporter toutes les preuves qui démontrent l’innocence de Julian Assange et la machination judiciaire menée contre lui, mais sachez qu’elles existent et qu’il n’est pas difficile de les consulter. L’une des meilleures sources est sans aucun doute le livre L’Affaire Assange – Histoire d’une persécution politique de Nils Melzer (Éditions Critiques, 2022), professeur de droit international et ancien rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ce livre est édifiant. Sa conclusion est la suivante : le Royaume-Uni et les États-Unis se sont concertés pour détruire publiquement le fondateur de WikiLeaks et dissuader les autres (journalistes, lanceurs d’alerte) de rendre compte de leurs crimes. Tous les moyens ont été utilisés contre Julian Assange, de l’espionnage de ses avocats et de ses visiteurs au sein de l’ambassade d’Équateur, aux plans échafaudés par la CIA pour le kidnapper, voire l’assassiner. L’acharnement a été ininterrompu et implacable, aboutissant à ce qu’il faut bien appeler une parodie de justice où tous les droits de la défense ont été bafoués sans ménagement. Nils Melzer ne pouvait pas trouver meilleur titre pour son livre. L’affaire Assange est une persécution politique.  

Au fil du temps, les soutiens de Julian Assange se font toujours plus nombreux, donnent de la voix. 

Il s’agit tout d’abord de mouvements populaires et citoyens qui à travers le monde s’organisent pour réclamer purement et simplement la fin des poursuites auxquelles Julian Assange fait face. Des rassemblements se tiennent régulièrement, parfois de façon hebdomadaire comme en Belgique, en Australie, au Royaume-Uni ou en Allemagne pour n’en citer que quelques-uns, mais aussi de façon exceptionnelle lors d’événements internationaux coordonnés comme celui du 8 octobre 2022 avec une chaîne humaine de plus de 7000 personnes autour du Parlement britannique à Londres. Ces manifestations n’ont qu’une seule revendication à faire passer : 

« Au travers de l’agression que vous faites subir à Julian Assange, vous menacez directement nos libertés fondamentales. Nous ne voulons pas vous laisser faire. Libérez Julian Assange maintenant et cessez toutes les poursuites à son encontre. » 

Rappelons aussi qu’en novembre 2022, les cinq grands organes de presse internationaux (ayant travaillé avec WikiLeaks et partagé les révélations) – le New York Times, le Guardian, Le Monde, El Pais et le Spiegel – publiaient une lettre ouverte estimant que le gouvernement des États-Unis devait cesser ses poursuites contre la personne de Julian Assange. 

Mais les soutiens de Julian Assange ne s’arrêtent pas là et se manifestent également au travers d’élus ou de membres de gouvernements, de groupes internationaux de liberté d’expression et de droits de l’homme ou encore de personnalités honorifiques qui affichent clairement et de façon officielle leur position. Pour illustrer ce vaste mouvement, on peut citer : 

– au Royaume-Uni, une lettre s’opposant à l’extradition, rédigée par Richard Burgon et 35 députés et lords. 

– en Grèce, 95 députés ont appelé Joe Biden à abandonner les charges contre Julian Assange. 

– en Allemagne, 37 députés multipartites du Bundestag ont écrit à leurs homologues britanniques concernant leur vive préoccupation et les ont exhortés à s’opposer à l’extradition. 

– en Belgique, 4 députés fédéraux de quatre partis différents ont envoyé en février 2021, une lettre à Boris Johnson et à Priti Patel pour réclamer sa libération, cosignée par un certain nombre d’associations et de syndicats 

– en Italie, des députés se sont levés dans l’hémicycle pour appeler à élever la voix, à s’engager et exiger sa libération. 

– en Irlande des députés se sont exprimés au parlement irlandais demandant à leur gouvernement de soulever le cas d’Assange auprès de l’ambassadeur britannique et de demander sa libération. 

– en France, la proposition de résolution pour l’asile politique de février 2022 est à nouveau soumise aux députés. 

– en Australie, une initiative menée par le député indépendant Andrew Wilkie a recueilli 48 signatures. Le Premier ministre Anthony Albanese et récemment le leader de l’opposition libérale Peter Dutton ont appelé le gouvernement américain à mettre fin à la poursuite d’Assange faisant savoir que cette affaire n’avait que trop duré. 

– au Mexique, Citlalli Hernández, sénateur de Morena, et Manuel Vázquez, membre de la Chambre des députés de Morena, ont recueilli les signatures de 97 de leurs collègues législateurs. 

– au Brésil, une centaine de membres du Parlement et du Sénat ont envoyé une lettre à l’ambassade des États-Unis. 

– aux États-Unis, l’initiative de la représentante Rashida Tlaib (démocrate, Michigan), des membres du Congrès américain demandent la libération de Julian Assange. 

– en Amérique du sud, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le président argentin Alberto Fernández, ont demandé l’abandon des poursuites, ainsi que 11 anciens présidents. 

– des organisations internationales de liberté d’expression et de droits de l’homme (21 en tout), notamment la Ligue internationale des droits de l’homme, l’ACLU, Amnesty International, Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, Defending Rights and Dissent et Human Rights Watch ont appelé l’administration Biden à « protéger les valeurs démocratiques et les normes des droits de l’homme, y compris la liberté de la presse, en abandonnant la poursuite incessante de Julian Assange ». 

– trois prix Nobel Mairead Corrigan-Maguire, Adolfo Pérez Esquivel et Desmond Tutu prix (respectivement en 1976, 1980 et 1984) ainsi que le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, se sont également opposés à l’extradition. 

– des législateurs (anciens ministres, députés, sénateurs, membres du congrès ambassadeurs et chefs de cabinet de différents pays) et des personnalités du monde entier (économistes, politologues, avocats, scientifiques, intellectuels, diplomates, personnalités du monde de la culture, philosophes, professeurs, …) ont réclamé sa liberté.

Est-il concevable qu’une personne aussi respectable que Julian Assange, qui a reçu une cinquantaine de prix de journalisme, neuf fois nominé pour le prix Nobel de la paix, et récemment finaliste du prix « Sakharov pour la Liberté de l´Esprit » (octroyé par le Parlement Européen « en récompense d’une action 

exceptionnelle dans le domaine de la défense des droits de l´homme et des libertés fondamentales »), soit traité de la sorte ? 

Au-delà de tous les clivages qui peuvent séparer les citoyens, nous pensons que la représentation nationale doit lui venir en aide le plus largement et le plus vite possible. 

La tribune que nous vous adressons aujourd’hui traduit l’urgence absolue d’agir. 

Aussi, nous vous invitons à rejoindre dès aujourd’hui cette mobilisation mondiale pour qu’une information d’intérêt public, comme proposée par Wikileaks, soit celle qui éclaire tous les peuples. 

Pour ce faire, 

– Agir : * Citoyens, Maires, journalistes, contactez : tribunecollectifsassange@protonmail.com, comitesoutienassange@protonmail.com, freeassangewave@proton.me * Citoyens, vous pouvez organiser des conférences débats, informer largement autour de vous (famille, amis, collègues de travail), solliciter les médias, organiser des rassemblements, signer et faire circuler les nombreuses pétitions, interpeler vos élus, imaginez vos propres actions. * Maires, lors de votre prochain conseil municipal, déclarez Julian Assange citoyen d’honneur de votre ville ou commune. * Journalistes, suivez et portez régulièrement cette affaire à la connaissance de vos lecteurs avec toutes les informations que vous pourrez trouver plus bas dans les lectures indispensables à la compréhension de cette affaire. 

– S’informer : Suivre sur Twitter @Stella_Assange, @DefenseAssange, @ComiteAssange, @SauvonsAssange, @FreeAssangeWave, @FrancaisUnity4, @legrandsoir – sur Facebook https://www.facebook.com/groups/Assange.Ultime.Combat/ , Unity4JFrance – Toute la 🇫🇷 avec Assange ! https://www.facebook.com/groups/1662956313803099 – sites https://www.legrandsoir.info , https://zanzibar.substack.com (proposant une actualité hebdomadaire sur l’affaire Assange sauf annonce urgente sur sa situation) et https://ssofidelis.substack.com (par article) 

– Lire ou regarder : * L’Affaire Assange. Histoire d’une persécution politique, Nils Melzer, Éd Critiques, sept2022 * Assange Odysseia, forum théâtral : youtu.be/zfN_pJjK360 (3h20) – youtu.be/8g2jRPVncP4 (18’) * Hacking Justice. Le combat du siècle pour la liberté d’informer, Film, Livre, Agenda des cinés et conférences-débats : lesmutins.org/hacking-justice * Julian Assange parle, Karen Sharpe, Investig’Action, 2021 * Il potere segreto, Stefania Maurizi, Version française chez Agones, à paraître fin 2023 * Menace sur nos libertés, Julian Assange et al., Version française chez R.Laffont, 2013 

* « The war on journalism » de Juan Passarelli 2020 https://www.les-crises.fr/video-la-guerre-contre-le-journalisme-le-cas-de-julian-assange/ * Livre numérique de Gary Lord, WikiLeaks, une histoire vraie, qui a réalisé un travail extraordinaire et extrêmement détaillé, à travers 21 chapitres https://jaraparilla.xyz/ Vous pourrez trouver en français des chapitres 1 à 14 déjà traduits à ce jour ici : https://zanzibar.substack.com 

« Learn, challenge, act » (« Apprendre, remettre en question, agir ») – Julian Assange 

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