« Nous sommes le premier maillon de la chaîne de l’urgence médicale »

À l’approche de l’été, les assistants de régulation médicale, chargés de répondre dans les centres d’appels du Samu, ont déposé un préavis de grève.

• 28 juin 2023
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« Nous sommes le premier maillon de la chaîne de l’urgence médicale »
© Mat napo / Unsplash.

À l’approche de l’été, les assistants de régulation médicale, chargés de répondre dans les centres d’appels du Samu, ont déposé un préavis de grève. Selon Thierry Larrouy, délégué des Hautes-Pyrénées de l’Association française des assistants de régulation médicale, la profession, en souffrance, attend davantage de reconnaissance.


Si un jour il n’y a plus le 15, que fait-on ? Nous sommes indispensables à son bon fonctionnement, pourtant personne ne le sait. Tout le monde voit ce qu’est un médecin, un ambulancier, une infirmière. Mais un assistant de régulation médicale ? Personne. Nous, ARM, sommes pourtant le premier maillon de la chaîne de l’urgence. Nous recevons l’appel et le redirigeons au plus vite en fonction de l’état de la personne au bout du fil, soit vers un médecin généraliste, soit vers un médecin urgentiste. En théorie, nous devrions pouvoir y répondre dans les 30 secondes et le rediriger dans la minute. Mais dans les faits, les moyens manquent pour y parvenir. Nous sommes toujours moins nombreux pour répondre à un nombre toujours plus important d’appels. Parfois nous mettons entre 25 et 30 minutes pour décrocher. Une vraie catastrophe quand on sait qu’une équipe doit être envoyée en trois minutes afin qu’une personne en situation d’arrêt cardiorespiratoire reçoive une réanimation cardiopulmonaire à temps et ne meure pas.

Nous sommes toujours moins nombreux pour répondre à un nombre toujours plus important d’appels.

Face à cette situation qui frappe l’ensemble des centres d’appels et met la vie de tout le monde en danger, nous ne pouvons que nous alarmer. Notre métier est très beau, mais nous supportons énormément de complications. De nombreux ARM partent à la retraite ou démissionnent sans être remplacés. Il y a un mois, le ministère de la Santé a lancé une campagne pour augmenter le nombre de centres de formation et recruter entre 2 000 et 3 000 ARM. Or les centres qui existaient auparavant ne faisaient déjà pas le plein : pourquoi ceux-là le feraient davantage ? En réalité, plus personne ne veut faire ce métier. D’où la nécessité d’obtenir une reconnaissance que nous n’avons pas aujourd’hui et qui doit passer par le statut et la rémunération. Le gouvernement va devoir mettre la main à la poche pour rendre le métier plus attractif. Ces dernières années, on peut se féliciter de quelques avancées, comme le passage du statut d’assistant médico-administratif (AMA) à celui de soignant. Mais, faute de grille indiciaire adaptée, nous sommes toujours payés comme des AMA. Et la prime de 100 euros brut, promise par le gouvernement, se fait attendre. Le ministre de la Santé, François Braun, devait faire une annonce officielle à ce sujet lors du congrès Urgences 2023, en juin. Mais rien.

En réponse à ce mutisme, nous avons décidé de l’envoi d’un courrier au président de la République, au ministre chargé des Comptes publics, au ministre de la Santé et à la Première ministre en annonçant une grève générale et illimitée de tous les ARM de France. Rendez-vous est donné au 30 juin, date à laquelle nous rencontrerons l’assistante de M. Braun pour statuer sur le montant de la prime et sur le maintien, ou non, d’une grève. Si nous ne sommes pas entendus, celle-ci aura bien lieu. Dans nos rangs, la colère se fait sentir. Nous tapons du poing sur la table car nous ne supportons plus l’absence d’écoute, les promesses dans le vent, ce système de santé qui étouffe et qui nous étouffe du même coup. Dans les prochains jours, notre ligne sera la suivante : rester en contact avec tous les Samu de France pour que le mouvement soit suivi au niveau national et obtenir ce que l’on demande, à savoir une vraie reconnaissance du métier, une prime de 100 euros et notre propre grille indiciaire.

Avec un système d’urgences et d’accès aux soins qui se dégrade, nous sommes envoyés au casse-pipe.

Nous sommes fatigués de combler les manques par des heures supplémentaires non payées. Avec un système d’urgences et d’accès aux soins qui se dégrade, nous sommes envoyés au casse-pipe, la boule au ventre, à devoir prendre la meilleure décision dans le moins de temps possible et à prendre en charge des cas qui ne devraient même pas passer par les urgences, comme les tentatives de suicide. Que faire quand une personne, perchée sur son balcon, menace de se jeter du troisième étage ? Au bout du fil, nous sommes impuissants. Et ensuite, dans quel état cela nous laisse-t-il d’avoir entendu quelqu’un mourir ? Qui pour nous faire tenir ? Aucune cellule psychologique ne nous est destinée. Plus l’été approche et plus nous crions notre détresse. Si, actuellement, nous devons répondre à environ 300 à 600 appels quotidiens, il y en aura 1 200 à 1 300 en période estivale. Nous serons toujours au poste, en tension. Mais pour combien de temps ?

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