Une quinzaine de militants écolos arrêtés partout en France

Ce 5 juin à l’aube, une quinzaine de militants écologistes ont été arrêtés dans huit communes françaises. Cette action policière coordonnée vise des activistes accusés d’avoir participé à une action, en décembre dernier, dans une usine Lafarge des Bouches-du-Rhône. Les Soulèvements de la terre appellent à les soutenir.

Nadia Sweeny  • 6 juin 2023
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Une quinzaine de militants écolos arrêtés partout en France
Des manifestants, lors d'un rassemblement contre la dissolution du mouvement écologiste "Les Soulevements de la Terre" à Nantes, le 19 avril 2023.
© Sébastien SALOM-GOMIS / AFP.

À Lyon, Marseille, Toulouse, Dijon, Montreuil, mais aussi dans des villages ruraux comme Caylus ou Verfeil dans le Tarn-et-Garonne, plus d’une quinzaine de personnes ont été arrêtées le lundi 5 juin à l’aube par des brigades extrêmement aguerries. D’après nos confrères de Reporterre, la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) spécialiste du grand banditisme et des interventions sur des profils surarmés, mais aussi la SDAT (sous-direction antiterroriste) de la Direction centrale de la police judiciaire, ont été sollicitées. Le tout pour une quinzaine de personnes accusées d’avoir dégradé le 10 décembre 2022 une cimenterie de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône) appartenant au groupe Lafarge-Holcim.

Ironie de l’histoire : le groupe Lafarge est actuellement mis en examen pour double complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, après avoir négocié avec Daech un droit de continuer son activité lucrative en Syrie. Pour ce « soutien », le groupe a été condamné en octobre 2022 par les États-Unis à 778 millions de dollars.

Sur les 50 sites les plus polluants de France, 20 sont des cimenteries dont cette usine.

Deux cent militants ont participé à l’action de sabotage de décembre dernier.  « Dans une ambiance déterminée et joyeuse, l’infrastructure de l’usine du cimentier pollueur a été attaquée par tous les moyens : sabotage de l’incinérateur et de dispositifs électriques, câbles sectionnés, sacs de ciments éventrées, véhicules et engins de chantiers endommagés, vitrines des bureaux abîmées, murs repeints de tags », pouvait-on lire dans un communiqué relayé par les Soulèvements de la Terre.

Surveillance d’État

Pourquoi viser cette usine ?  « Sur les 50 sites les plus polluants de France, 20 sont des cimenteries dont cette usine qui produit plus de 444 464 tonnes de CO2 par an et alimente ses fours de milliers de vieux pneus et toutes sortes de déchets toxiques », nous informe le communiqué. Sept mois plus tard, la quinzaine d’écologistes est arrêtée pour « association de malfaiteurs » et « dégradation en bande organisée ». Ils sont actuellement en garde à vue, auditionnés par des policiers mais d’après nos informations, l’antiterrorisme n’est pas impliqué à ce niveau. Cette garde à vue pourrait se prolonger jusqu’à 96 heures, soit jusqu’à vendredi matin.

Sur le même sujet : Les écolos, une menace pour l’État de droit ?

Ces derniers mois, les écologistes ont fait l’objet d’une surveillance d’État extrêmement développée, révélée par Mediapart : balises GPS sous les voitures, caméras, sonorisations, etc. Des dispositifs mis en place qui ne correspondraient à aucune enquête judiciaire en cours et laissant supposer que ces moyens de surveillance sont le fait d’enquêtes administratives. Des méthodes censées être autorisées par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) où siègent quelques magistrats de la cour de cassation, des parlementaires et des conseillers d’états. D’après les informations de La Lettre A, une bataille rangée entre Elisabeth Borne et Gérald Darmanin s’y déroule en ce moment, sur l’étendue de l’espionnage à développer à l’encontre des écologistes.

Les Soulèvements de la Terre, menacés de dissolution par le ministre de l’Intérieur – non encore mise en œuvre – appellent « à soutenir très largement les personnes arrêtées aujourd’hui : dans les cortèges contre la réforme des retraites demain [ce mardi 6 juin, N.D.L.R] , par des rassemblements devant les sites Lafarge et les préfectures mercredi soir et en rejoignant massivement la mobilisation contre l’extension d’une carrière Lafarge ce dimanche 11 juin au matin à Saint-Colomban », peut-on lire dans leur communiqué.

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