Les mondes inventés de Yoko Tawada
Les deux derniers romans de la Japonaise, qui vit aujourd’hui en Allemagne, ne se ressemblent pas. Mais tous deux explorent le pouvoir de la langue et des imaginaires.
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D’un côté, une dystopie. De l’autre, un récit intime. L’un est écrit en japonais, le second en allemand. Ce sont deux histoires qui n’ont rien en commun, sinon leur autrice, Yoko Tawada. En éclaireur imagine un Japon au régime liberticide en 2050 qui a décidé de se couper du monde. L’Ange transtibétain plonge le lecteur dans les pensées brouillonnes d’un jeune chercheur passionné par Paul Celan (1920-1970), important poète roumain de langue allemande et naturalisé français en 1955. Au premier regard, ces deux ouvrages ne se ressemblent donc pas. Mais leur publication simultanée aux éditions Verdier construit un étonnant dialogue sur la possibilité de l’imaginaire.
Dans L’Ange transtibétain, Patrik, qui se présente comme un « cinglé hypersensible », parle très souvent à une cantatrice qui n’existe que dans sa tête. Elle l’accompagne dans sa vie et chante exclusivement des pièces pour lui quand il ne suit pas sa thérapie. Patrik n’arrête pas de mentir. Ce frère aîné supposément d’extrême droite, ou encore ce poste très convoité qu’il occuperait à l’université. En vérité, il n’est qu’un modeste employé à l’Institut culturel chinois de Berlin, terrifié à l’idée de parler devant un public au point d’annuler son intervention au colloque Paul Celan de Paris. Patrik préfère vivre dans cette réalité alternative qu’il se crée de toutes pièces. « Ils prétendent que je suis malade parce que je sors de chez moi tout en restant à la maison. Il existe une maison du souvenir », explique-t-il dans l’un des rares passages où il parle de lui à la première personne. Assis dans un café, un homme qui ressemble à un moine, Léo-Éric Fu, s’invite à sa table. Impossible de savoir s’il est réel ou imaginaire, mais il jure être le petit-fils d’un médecin ayant été en contact avec Celan à la fin de sa vie. C’est avec lui que Patrik échange sur l’œuvre du poète, notamment Soleils de fils, dernier recueil publié de son vivant. Ces
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