Le créole, le grand absent du cinéma français
Le premier festival parisien du cinéma créole se déroule actuellement à Paris. Un événement inédit et révélateur de l’ordinaire invisibilité des films des départements d’Outre-mer.

© Kiff / Kreyolliwood.
« On a soixante-quinze ans de retard à rattraper », constate, sans fatalisme, la Martiniquaise Alexia de Saint John’s, la fondatrice du Kréyol international film festival (le Kiff), qui se tient à Paris jusqu’au 20 novembre. L’occasion de voir à l’écran une France souvent marginalisée de la sphère culturelle. Au-delà de la langue créole, l’ambition du festival est de pouvoir montrer d’autres images, d’autres rapports humains et d’autres problématiques sociales. À l’affiche, parmi 17 films internationaux, on retrouve ainsi Sac la mort (2017) d’Emmanuel Parraud. Un récit faisant échos aux pratiques syncrétiques et magiques réunionnaises à travers l’histoire d’un homme, Patrice, qui souhaite venger son frère. On peut aussi voir Le lien qui nous unit (2020), le long-métrage de Pélagie Serge Poyotte dans lequel il évoque la relation d’un père et d’un fils qui tentent de renouer après des années de silence et où transparaît la culture guyanaise avec sa société pluriethnique et son carnaval.
À l’exception de quelques succès notables, tels que Rue Cases-Nègres (1983) d’Euzhan Palcy avec 1,4 million d’entrées ou La Première Étoile (2009) de Lucien Jean-Baptiste, qui a comptabilisé 1,6 million de spectateurs, le cinéma des départements français d’Outre-mer est très méconnu dans l’Hexagone. La faute à une industrie qui a eu du mal à se développer, en raison notamment d’une bataille législative qui aura duré plus de soixante ans. La taxe sur les entrées dans les salles de cinéma (TSA), qui alimente le fonds de soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et qui conditionne l’octroi de certaines de ses subventions, n’a longtemps pas été appliquée en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion, ni pour les 2,2 millions d’habitants que comptent ces territoires.
Dynamique et effervescenceLa question de l’application de la TSA a été un sujet de discussion sensible pendant de longues années car les distributeurs locaux, peu nombreux, ne souhaitaient pas voir les prix des billets augmenter ni communiquer sur les chiffres des entrées. Mais nombre de cinéastes ultramarins estiment que s’ils avaient pu accéder au soutien automatique du CNC, comme leurs homologues de métropole, la production aurait pu être plus importante et de meilleure qualité.
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