En Allemagne, la traque aux pro-palestiniens

Une association étudiante de l’université de Bayreuth, en Bavière, est attaquée en justice après avoir organisé un colloque en faveur d’une paix juste et durable au Proche-Orient entre les peuples palestinien et israélien.

Denis Sieffert  • 26 février 2024
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En Allemagne, la traque aux pro-palestiniens
Manifestation en faveur des Palestiniens à Berlin, le 4 novembre 2023.
© ODD ANDERSEN / AFP

On sait l’Allemagne particulièrement vigilante sur les risques d’antisémitisme. Mais de cette position vertueuse à l’amalgame qui conduit à condamner toute manifestation de soutien aux Palestiniens, il n’y a souvent qu’un pas. Une association d’étudiants de l’université de Bayreuth, en Bavière, en fait actuellement l’amère expérience.

Après avoir organisé un colloque, le 8 février, sur le thème « Palestine, a universal call to freedom », l’association Olive Branch a été la cible d’attaques violentes dans la presse. Le tabloïd Bild a consacré deux articles accusant l’association d’antisémitisme. Les radios locales lui ont emboîté le pas. Matthieu Phalip, un étudiant français membre d’Olive Branch, a recensé pas moins d’une quinzaine d’articles hostiles dans la presse bavaroise.

Accusation infondée

Le Staatsanwalt, l’équivalent de notre procureur de la République, a été saisi. À la manœuvre, la German-Israeli Society, bien connue pour pratiquer un lobbying incessant, et le RCD, un syndicat proche de la CDU, la droite particulièrement implantée en Bavière. En cause, l’intervention de Majed Abu Salama, un Palestinien originaire de Gaza, qui a évoqué la position traditionnelle des mouvements palestiniens en faveur d’un État binational.

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« Le pays, a-t-il précisé, est assez grand pour tout le monde […]. Juifs et Palestiniens doivent avoir les mêmes droits. » Abu Salama est ensuite revenu sur l’histoire de la colonisation depuis 1947. Il n’en a pas fallu plus pour provoquer l’ire des lobbys pro-israélien et de la presse de droite.

On cherche pourtant en vain la moindre trace d’antisémitisme dans son intervention. À cela près, que la seule référence à l’histoire irrite les inconditionnels d’Israël. Quant à la solution d’un État binational, elle est aujourd’hui plus qu’une utopie. Assortie d’un rappel que, dans cette hypothèse lointaine, voire irréaliste, les droits de toutes les communautés devraient être respectés et égalitaires, cette solution n’est évidemment en rien antisémite.

Cette affaire témoigne des tentatives d’intimidation dont sont la cible tous ceux qui manifestent pour les droits de Palestiniens.

Aujourd’hui, les responsables de l’association sont dans l’attente inquiète de ce que décidera la justice. Olive Branch souligne que deux autres intervenants ont pris la parole le 8 février, et que les positions d’Abu Salama ne sont pas nécessairement celles de l’association. Quoi qu’il en soit, cette affaire témoigne du climat qui règne en Allemagne, et des tentatives d’intimidation dont sont la cible tous ceux qui manifestent pour les droits de Palestiniens.

Les étudiants ont tout de même reçu un appui de poids. Dans une déclaration officielle, l’Université de Bayreuth rappelle son attachement à la libre expression. Elle souligne qu’aucun appel à la haine ni aucune apologie d’actes criminels n’ont été constatés, conformément à l’engagement d’Olive Branch.

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