Droits humains : semer des « petites graines » dans les lycées

Depuis 2017, Isabelle milite dans une antenne locale d’Amnesty International. Elle nous raconte son engagement.

• 13 mars 2024
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Droits humains : semer des « petites graines » dans les lycées
Des observateurs d'Amnesty International lors d'une manifestation de familles des victimes de brutalités policières, contre les brutalités policières, la discrimination et le racisme, à Paris, en mars 2017.
© THOMAS SAMSON / AFP

Depuis 2017, Isabelle milite dans une antenne locale d’Amnesty International. Elle nous raconte son engagement pour l’éducation des jeunes aux droits humains. Avec d’autres bénévoles, elle intervient auprès d’élèves de seconde pour leur présenter Amnesty, ses combats, et les inciter à se mobiliser pour la défense et le soutien de personnes en danger.


Après les attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher en 2015, la documentaliste d’un lycée à Torcy avait interpellé notre antenne locale de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) pour faire interagir les jeunes avec Amnesty International. L’action choisie fut « 10 jours pour signer », qu’Amnesty mène à travers le monde depuis plus de vingt ans, autour de la Journée internationale des droits de l’homme du 10 décembre, pour récolter des signatures et défendre dix personnes en danger dans le monde.

Nous intervenons dans des classes de seconde, trois fois dans chacune : la première pour présenter l’association, ses combats et son action ; la deuxième pour présenter dix situations de personnes en danger ; la troisième et dernière pour demander à chaque élève de choisir un des cas pour lequel il va chercher à récolter des signatures de soutien. Cette année, six lycées ont récolté 12 000 signatures ! À la fin de cette campagne, grâce à notre intermédiaire, les lycéens peuvent adresser un message de soutien aux personnes qu’ils ont décidé de défendre.

Amnesty International France, c’est plus de 250 groupes locaux de militants.

Amnesty International France, c’est plus de 250 groupes locaux de militants. Chacun d’entre eux agit en autonomie et développe ses actions en fonction de ses membres. En tant que donatrice régulière, j’ai été contactée en janvier 2017 par le groupe local de Marne-la-Vallée. J’ai découvert une dizaine de militants en train d’élaborer une exposition sur le thème des migrants. Le groupe souhaitait rebondir et faire réagir la population sur l’arrivée de 180 migrants dans un gymnase réquisitionné à Lagny-sur-Marne un an plus tôt.

Béatrice, une militante de notre antenne locale, décide d’intégrer notre groupe en même temps que moi. À la retraite à ce moment-là, elle intervient au sein des établissements pour parler des sujets qui lui tiennent à cœur : les injustices faites aux femmes, aux migrants, aux minorités, aux sans-voix. Dans les années 1970, Françoise, une autre bénévole, a envoyé des lettres mensuelles aux gouvernements qui ne respectaient pas les droits humains.

Depuis une quinzaine d’années, elle est active au sein du groupe local, notamment pour contribuer à la réalisation d’expositions. Il y a quelques mois, une lycéenne l’a interpellée : « Elle est super, votre association, comment avez-vous eu l’idée d’y aller ? » Elle lui a répondu :  « Grâce à un peu de hasard, des parents militants, des rencontres avec les membres d’Amnesty International, des élèves, des profs et surtout l’ouverture sur le monde que cet engagement me permet de garder. »

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L’antenne locale de Marne-la-Vallée intervient beaucoup sur l’éducation aux droits humains (EDH) en milieu scolaire, dans les missions locales et dans une université inter-âges. Le groupe a créé ses propres supports : modules pédagogiques et expositions sur le thème des migrants, de la peine
de mort, des discriminations, de la liberté d’expression et, récemment, sur l’impact du réchauffement climatique sur les droits humains.

Ces expositions sont prêtées aux établissements qui le souhaitent. Elles peuvent être accompagnées d’une intervention de notre part sur le thème choisi. Dans chaque lycée partenaire, un enseignant, souvent professeur d’histoire-géographie, est notre interlocuteur privilégié. Les nouveaux membres intéressés par l’éducation aux droits humains sont d’abord observateurs lors des interventions, puis se lancent en duo, et finalement en solo.

Le travail au sein des établissements scolaires est un long processus mais il est nécessaire.

Notre but est d’informer les lycéens sur le fait qu’ils peuvent s’engager dans leur établissement en créant une antenne jeunes (AJ) d’Amnesty. Sur notre secteur, six AJ sont actives en ce moment. L’une d’elles a eu envie de dédier des salles de son établissement à des femmes inconnues, invisibilisées ou malmenées à cause de leurs actions. La cheffe d’établissement a validé le projet et cinquante panneaux ont été inaugurés en juin 2023. D’autres AJ ont réalisé des expositions dans leur lycée autour de la défense des droits humains et des atteintes qu’ils subissent.

Le travail au sein des établissements scolaires est un long processus mais il est nécessaire. Cela permet aux lycéens de comprendre nos engagements et leur utilité au sein de la société. De cette façon, je crois beaucoup aux « petites graines » semées.


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