Avec Gatti, rouvrir l’horizon du théâtre
À l’occasion du centième anniversaire de la naissance d’Armand Gatti, Olivier Neveux ouvre une porte sur une œuvre démesurée qui tente de révolutionner les rapports entre scène et politique.
dans l’hebdo N° 1804 Acheter ce numéro

© Yann Merlin
L’actualité théâtrale a tendance à recouvrir jusqu’aux plus puissantes pages du passé. Certaines d’entre elles peuvent pourtant être sources d’inspiration pour un art qui, selon Olivier Neveux, se plie trop souvent à l’injonction de traiter de sujets politiques. Ce qui le vide le plus souvent de toute force de transformation du monde. Pour ce professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’École normale supérieure de Lyon, dont nous avons déjà relaté dans ces pages le passionnant travail sur le théâtre politique, le théâtre d’Armand Gatti (1924-2017), dont on célèbre cette année le centenaire de sa naissance, fait partie de ces aventures régénérantes.
Son livre, Armand Gatti, théâtre-utopie, qui en rend compte d’une manière aussi personnelle que documentée, marque, avec un recueil d’articles journalistiques écrits par Gatti entre 1946 et 1957 avec son complice Pierre Joffroy – La voix qui nous parle n’a pas besoin de visage (1) –, l’ouverture d’un anniversaire des plus riches pour penser les rapports entre politique et poétique aujourd’hui.
Ce n’est pas la première fois que l’œuvre d’Armand Gatti fait l’objet pour vous d’un travail d’écriture. Pourquoi revenir toujours à Gatti ?
Olivier Neveux : J’ai commencé adolescent à lire Armand Gatti, je fréquentais les milieux libertaires et j’ai probablement été attiré par le A cerclé présent sur les couvertures de ses livres publiés chez Verdier. Mais je n’y ai pas trouvé alors ce que j’y cherchais et surtout je n’y ai pas compris grand-chose. Gatti défait les catégories traditionnelles du militantisme. Il tourne notamment le dos au réalisme, qui était alors et qui est toujours considéré comme la seule voie possible de l’art politique. Une fois étudiant à Paris, je suis allé l’écouter et j’ai assisté à différentes expériences théâtrales. Je
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