JOP 2024 : le droit du travail complètement hors-jeu

C’était une des promesses phares de l’événement : des Jeux olympiques et paralympiques respectueux des droits des travailleurs. Pourtant, plusieurs faits marquants interrogent sur la tenue de cet engagement.

Pierre Jequier-Zalc  • 26 avril 2024 abonné·es
JOP 2024 : le droit du travail complètement hors-jeu
Sur le chantier d’un immeuble de l’écoquartier fluvial de l’Île-Saint-Denis, l’un des sites où seront logés les athlètes.
© Arnaud Paillard / Hans Lucas / AFP

 « Paris 2024 et ses partenaires sont déterminés à faire des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) un événement responsable sur le plan économique, social et environnemental. » Voici comment le comité d’organisation des JOP annonçait, en grande pompe, avant la pandémie de covid-19, la mise en place d’une charte sociale pour « concrétiser cette ambition ». Une charte historique négociée entre les organisations syndicales et patronales.

À quelques mois du coup d’envoi de l’événement le plus attendu depuis des années dans l’Hexagone, il serait malhonnête de dire que cette charte n’a servi à rien. L’un de ses grands succès est la forte baisse de l’accidentologie sur les chantiers des JOP. En effet, le taux d’accidents du travail y a été divisé par quatre par rapport au reste du secteur du bâtiment, l’un des plus accidentogènes du pays. Une réussite qu’il ne faut pas minimiser, tant les ouvriers du bâtiment sont souvent les premières victimes de ce type de chantier titanesque. Ainsi, à quelques encablures des chantiers olympiques, sur ceux tout aussi immenses du Grand Paris, déjà six personnes ont perdu la vie en construisant les futures lignes de métro.

Malgré tout, plusieurs autres points mettent en exergue le fait que, derrière cette volonté de respect des droits sociaux, les JOP se construisent aussi sur l’exploitation de travailleurs.

Travail dissimulé

Si les accidents de travail ont été réduits, la charte sociale n’a pas permis aux chantiers d’éviter tout scandale. Ainsi, les contrôles réguliers de l’inspection du travail ont mis au jour l’exploitation de travailleurs irréguliers sur plusieurs ouvrages : village olympique, piscine de Marville, Adidas Arena, etc. En tout, ce sont plus d’une centaine de travailleurs sans papiers qui ont participé à la construction de ces infrastructures.

Surtout, comme le révélait Politis le 13 mars 2024, nombre de ces travailleurs étaient exploités par un vaste réseau turc aux relents mafieux. « C’était toujours nous, les Maliens, qui étions manœuvres. C’est-à-dire le poste le plus physique et le plus dur. On ne nous fournissait pas d’équipements de sécurité. Nous n’avions pas de congés payés. Les chefs d’équipe pouvaient être agressifs. On avait le sentiment que, pour eux, nous étions des merdes », raconte ainsi Moussa, l’un des travailleurs irréguliers des chantiers des JOP.

Une fois découverts par l’inspection du travail, les travailleurs concernés ont été régularisés rapidement. Pour l’État, il ne fallait surtout pas que ces informations embarrassantes viennent entacher la fête annoncée. Ainsi, les douze premiers travailleurs irréguliers, au printemps 2022, ont été régularisés en quelques heures, directement dans le bureau du Premier ministre de l’époque, Jean Castex. « L’exposition médiatique et politique est importante sur les JO et elle a servi notre combat », affirmait à nos confrères de Basta ! Hervé Ossant, secrétaire de l’unité régionale d’Île-de-France de la CGT, en charge du dossier

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