L’empire qui ne veut pas mourir

Dans La Malédiction de la muscade, le romancier et essayiste indien Amitav Ghosh retrace l’emprise de l’Occident sur le monde, depuis ses racines issues de la colonisation européenne jusqu’aux désastres écologiques en cours. Un périple traversant les frontières géographiques, temporelles et anthropologiques.  

François Rulier  • 21 mai 2024 abonné·es
L’empire qui ne veut pas mourir
Gravure anglaise de 1832 montrant la capture, à Cuba, de tortues, mets de choix des tables européennes.
© Ann Ronan Picture Library / Photo12 / AFP

Pourquoi l’officier néerlandais Martijn Sonck mène-t-il le massacre de la population de Selamon, village situé dans les îles Banda, petit archipel du sud-est de l’océan Indien, en avril 1621 ? Et que faisait-il si loin de chez lui ? La réponse tient en une graine : la noix de muscade. En partant de cette anecdote, Amitav Ghosh analyse les ressorts idéologiques de la colonisation européenne, qui s’empare en quelques siècles de l’ensemble de la Terre.

Les Occidentaux ont transformé des régions, mené des 'guerres biopolitiques' contre leurs habitants.

En considérant la nature comme une ressource, les élites du Vieux Continent ont ouvert la boîte de Pandore qui justifia la colonisation : Sonck n’était ainsi qu’un rouage d’une Compagnie néerlandaise des Indes soucieuse de s’assurer le monopole du commerce de la noix de muscade, sans égard pour les populations locales infériorisées. Pour cela, elle mena une politique génocidaire sur les îles Banda et tenta même d’empêcher que le muscadier quitte ces rivages.

Terraformation

Une tentative rendue difficile par la luxuriance de forêts rétives à tout contrôle, et qui permet à l’auteur de détourner la notion de terraformation : accaparée par une science-fiction rêvant de Mars, la terraformation a pourtant déjà eu lieu sur la planète bleue. En changeant les noms, en important une faune et une flore exogènes, en diffusant des maladies, les Occidentaux ont transformé des régions, mené des « guerres biopolitiques » contre leurs habitants et bouleversé le monde des populations colonisées, ébranlant d’autant plus des rapports

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