Drapeau palestinien à l’Assemblée : les sanctions à géométrie variable de Yaël Braun-Pivet

Après avoir brandi un drapeau palestinien dans l’Hémicycle, le député LFI Sébastien Delogu a été suspendu pour 15 jours, la peine maximale pour un député. La présidente de l’Assemblée est coutumière de ce type de traitement partial, dénoncé par l’ensemble de la gauche.

Tristan Dereuddre  • 29 mai 2024 abonné·es
Drapeau palestinien à l’Assemblée : les sanctions à géométrie variable de Yaël Braun-Pivet
Yaël Braun-Pivet, à l’Assemblée nationale, le 10 octobre 2023. Elle y arborait un pin's avec les drapeaux français et israélien.
© Miguel MEDINA / AFP (Montage : Maxime Sirvins.)

À l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet ressemble à une enseignante sévère qui régit sa classe d’une main de fer. Avec 106 sanctions prononcées depuis le mois de juin 2022 (contre 39 dans toute l’histoire de la Ve République), elle est la championne incontestée en la matière. Depuis qu’elle est en poste au perchoir, l’inflation des sanctions menée pour stopper « une dérive des comportements » est exponentielle. Une autorité implacable, mais pas toujours équitable : dans 80 % des cas, les sanctions concernent des députés insoumis. Et la dernière punition distribuée par la présidente de l’Assemblée, hier après-midi, ne fera pas baisser cette statistique.

Avoir une mesure aussi forte parce qu’un drapeau a été brandi (...) on peut le voir comme une marque de soutien à la politique de Netanyahou.

Sébastien Delogu, député des Bouches-du-Rhône, a écopé de la peine maximale de 15 jours d’exclusion assortie d’une réduction la moitié de son indemnité durant deux mois, après avoir brandi un drapeau palestinien dans l’hémicycle. Sur la base des alinéas deux et cinq de l’article 70 du règlement du Palais Bourbon, il lui est reproché de s’être « livré à des manifestations troublant l’ordre ou qui provoque une scène tumultueuse » puis « rendu coupable de provocations envers l’Assemblée nationale ».

Véritable élément perturbateur, le député insoumis ? Ou bouc émissaire en raison de la cause sensible et passionnée qu’il a défendu ? Dans d’autres cas comparables, plusieurs parlementaires tout aussi – voire plus – indisciplinés, ont échappé miraculeusement à la correction.

Un « deux poids deux mesures » permanent

Jusqu’à hier après-midi, aucun député n’avait été exclu de l’Assemblée pour avoir manifesté son soutien à une cause. En 2019, le député Sébastien Nadot (ex-LREM), avait déployé une banderole sur laquelle était inscrite « La France tue au Yémen ». Comme hier, la séance avait été suspendue. Mais le député n’avait écopé que d’un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal ainsi qu’une amende financière, sur la base du même article 70 relatif aux sanctions disciplinaires.

Pour Éric Coquerel, cet exemple témoigne d’un deux poids deux mesures : « Ce type de décision est disproportionné. Que la présidente applique le

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »
Entretien • 3 novembre 2026 abonné·es

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »

Nathalie Tehio, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme, décrypte les mécanismes du virage autoritaire et appelle à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales.
Par Pierre Jacquemain
Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire
Analyse • 3 novembre 2026 abonné·es

Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire

Marine Le Pen, Jordan Bardella, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Emmanuel Macron… Les pontes de la droite et de l’extrême droite redoublent de propositions toujours plus sécuritaires face à la colère sociale.
Par Lucas Sarafian et William Jean
Commission d’enquête sur le 17 octobre : petite histoire d’un crash politique
Décryptage • 28 octobre 2026 abonné·es

Commission d’enquête sur le 17 octobre : petite histoire d’un crash politique

À l’Assemblée, le bloc macroniste cède aux menaces du Rassemblement national et plaide pour que leur candidat soit représenté parmi les rapporteurs de la commission. La gauche appelle à respecter le vote de la commission des lois et à lancer les travaux.
Par Lucas Sarafian
Loi « casseurs-payeurs » : la nouvelle arme judiciaire du gouvernement
Répression • 27 octobre 2026 libéré

Loi « casseurs-payeurs » : la nouvelle arme judiciaire du gouvernement

En panne d’idées, Sébastien Lecornu ressort des cartons un vieux projet de loi. Ce texte, une obsession de nombreux ministres macronistes, est déjà durci par la droite sénatoriale. La gauche y voit une porte ouverte aux idées les plus répressives.
Par Lucas Sarafian et Céline Martelet