LFI : le « grand ménage » de Mélenchon avant 2027

L’éviction de plusieurs anciens compagnons de route de Jean-Luc Mélenchon des investitures de LFI jette un froid à gauche avant les législatives contre l’extrême droite.

Nils Wilcke  • 18 juin 2024
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LFI : le « grand ménage » de Mélenchon avant 2027
Jean-Luc Mélenchon, lors du vote pour les élections européennes, le 9 juin 2024, à Paris.
© ARNAUD FINISTRE / AFP

La gauche semble presque unie ce lundi 17 juin, à Montreuil. Le premier rassemblement du Nouveau Front populaire contre le Rassemblement national se tient dans le fief d’Alexis Corbière, écarté des investitures LFI par Jean-Luc Mélenchon, tout comme Raquel Garrido, Danielle Simonnet, Hendrik Davi et Frédéric Mathieu. Cette éviction, ces élus, connus pour leurs critiques contre le manque de démocratie interne à LFI et leur opposition au retour d’Adrien Quatennens, l’ont découverte vendredi 14 juin à la dernière minute. De quoi jeter un froid à gauche, d’autant que, la veille, Jean-Luc Mélenchon assurait tout sourire avoir « jeté les rancœurs à la rivière », au 20 heures de TF1.

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À Montreuil, François Ruffin et Clémentine Autain, épargnés par la « purge » mélenchoniste, ont affiché leur solidarité avec leurs malheureux camarades. « Ici, ce que vous appelez une élection, c’est en fait une primaire de la gauche », précise le député sortant de la Somme. Message reçu cinq sur cinq par l’appareil LFI : « François s’imagine un destin présidentiel, c’est son droit mais s’il décide de créer son propre groupe avec des frondeurs, on en tirera toutes les conséquences », prévient un proche de Jean-Luc Mélenchon.

« Les parachutés du 93 »

Pour la direction, l’élu a déjà franchi le Rubicon. N’a-t-il pas lancé sa propre association pour récolter des dons via son microparti, Picardie debout ? Restent sa popularité et sa base électorale, solides, qui semblent pour l’heure le protéger. À l’écart, Mathilde Panot et Rima Hassan, qui soutiennent Sabrina Ali Benali, la nouvelle candidate investie par LFI face à Alexis Corbière, front grise mine.

Ils ont passé deux ans à nous pourrir et à propager dans la presse des horreurs, à quoi s’attendaient-ils ?

La direction de LFI assume le choix de Jean-Luc Mélenchon : « Ils ont passé deux ans à nous pourrir et à propager dans la presse des horreurs, à quoi s’attendaient-ils ? », confie à Politis l’un de ses proches. Première visée, Danielle Simonnet, soupçonnée d’avoir alimenté le « Complément d’enquête » consacrée à Sophia Chikirou sur les comptes de campagne du parti. Et tant pis si la séquence vire au grand déballage en pleine mobilisation contre le RN. Danielle Simonnet fustige une « violence terrible » tandis qu’Alexis Corbière s’indigne : « Ce genre de méthode nous affaiblit collectivement. »

« Les investitures à vie n’existent pas », balaye Jean-Luc Mélenchon, qui raille en privé Corbière et Garrido, rebaptisés « les parachutés du 93 » pour l’occasion. « Parce que Jean-Luc député à Marseille, ce n’était pas un parachutage ? », s’étrangle le camp adverse.

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À gauche, le PS, les Écologistes et le PCF semblent « vouloir faire avec » la méthode Mélenchon. Marine Tondelier et Olivier Faure ont beau fustiger des « décisions irresponsables », le combat contre le RN « est prioritaire ». « On ne va pas en faire plus » confirme la direction du PS à Politis. Il faut dire que Jean-Luc Mélenchon les a menacés de soutenir à son tour des candidats dissidents. Comprendre « Retenez-moi ou je fais tout péter », ironise l’un de ses anciens compagnons de route. « Jean-Luc s’en fiche des législatives, il veut faire son grand ménage autour de lui avant 2027. »

Une explication que ne dément pas son entourage : « Jean-Luc, on lui doit tout, on ne va pas se diviser comme au PS ou chez les Écolos, notre objectif, c’est de changer la société, pas de se regarder le nombril », explique l’un de ses fidèles. En attendant, face aux candidats investis par LFI, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet et Hendrik Davi ont décidé de maintenir leur candidature. Aux électeurs, désormais, de trancher.

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