JOP 2024 : face à un « management brutal », l’embarras du ministère des Sports

Plusieurs salariés pointent un climat social « tendu » dans le centre sportif de haut niveau de Montpellier et de Font-Romeu (Pyrénées-Orientales). Mais le ministère préfère mettre ce conflit long de plusieurs années sous le tapis olympique des Jeux.

Hugo Boursier  • 3 juin 2024 abonné·es
JOP 2024 : face à un « management brutal », l’embarras du ministère des Sports
Le Creps de Font Romeu, le 15 mai 2024.
© Matthieu RONDEL / AFP

En passant par Montpellier, le 13 mai, la flamme olympique aurait pu faire flamber le centre sportif de haut niveau de la ville, tant le lieu ressemble à un brasier social depuis plusieurs années. Un brûlant dossier duquel la région Occitanie et le ministère des Sports préfèrent rester éloignées. À moins de 70 jours des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, l’heure doit rester à la célébration des athlètes et à l’inauguration des stades flambant neufs

Un moral au beau fixe qui ne manque pas de faire grincer des dents une partie des personnels des centres de ressources, d'expertise et de performance sportives (Creps) de Montpellier et de Font-Romeu (Pyrénées-Orientales). En plein cœur d’une des branches les plus importantes du sport national, où se nourrit l’ambition de médailles d’or, l’ambiance installée par la direction serait « brutale », selon plusieurs salariés historiques.

Un « acharnement » cautionné par le ministère des Sports ?

Si les alertes syndicales se multiplient à mesure que la situation s’aggrave, la réaction de l’administration reste, elle, sensiblement la même : elle consiste à écouter ces remontées, et puis ne pas faire grand chose. C’était encore le cas en avril dernier quand Raphaël Millon, porte-parole de Solidaires Jeunesse & Sport s’est rendu au ministère des sports. Sorti « outré » de ce rendez-vous avec le cabinet, il n’est pas loin de penser aujourd’hui que la ministre, Amélie Oudéa-Castera, « cautionne l’acharnement sur les agents concernés ». Contactée, la direction des sports du ministère précise qu'elle a reçu une « pétition à l’initiative de 31 agents du site de Font-Romeu et de 27 agents du site de Montpellier signifiant leur 'opposition tant sur le contenu que sur la forme' aux tracts du syndicat, qu’ils qualifiaient alors comme étant 'diffamatoires' » (*).

Du côté de la région, qui gère le bâti et certains des agents (1), on dit avoir fait le nécessaire : « Mes équipes ont vu avec le directeur pour qu’il calme son management et son comportement un peu trop directif », explique Kamel Chibli, vice-président du conseil régional d’Occitanie et responsable de la jeunesse et des sports. « Mais il est sous la responsabilité du ministère donc c’est à lui de prendre des mesures », renvoie-t-il.

Depuis l’arrivée en 2019 d’une nouvelle direction au Creps de Montpellier, auquel est rattaché celui de Font-Romeu, plusieurs salariés dénoncent une importante dégradation de leurs conditions de travail. Contacté, le directeur du Creps, François Beauchard, estime qu’il est « toujours compliqué de satisfaire tout le monde, surtout si on a une obligation de changer des choses structurantes dans un établissement ». Dans un duel tendu, il dénonce surtout le comportement « populiste » de Raphaël Millon, « plus politisé que syndicaliste », contre lequel il dit avoir porté plainte pour diffamation et intrusion après un rassemblement organisé par Solidaires Jeunesse & Sport, début avril, devant le Creps. Ambiance.

« Dysfonctionnements graves »

Parmi les cas les plus en souffrance, il y a celui d'un ostéopathe du sport reconnu, trente ans de carrière au compteur. Il a porté plainte pour harcèlement moral, le 29 mai 2022, contre le directeur du Creps. Quelques semaines plus tôt, un collègue avait trouvé des tracts diffamatoires à son encontre sur son lieu de travail. Un événement qui avait donné lieu à un article du Midi Libre. Au même moment, c’est une procédure disciplinaire qui était formulée contre lui. Le motif : un cumul d’activités qui, selon le salarié, était connu de tous et ne gênait personne auparavant.

Depuis quatre ans, tout a été planifié pour me faire craquer.

Un ostéo (Creps)

« Depuis quatre ans, tout a été planifié pour me faire craquer. J’ai systématiquement interpellé la direction des sports. Mais personne ne me protège. Comment voulez-vous que je sois défendu par mes bourreaux ? », interroge-t-il. François Beauchard, lui, voit en cet ostéopathe un « notable

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