Au Brésil, une relève militante autochtone toujours plus connectée
Pendant des siècles, les peuples originels ont été invisibilisés. Mais aujourd’hui la nouvelle génération fait entendre son cri de plus en plus loin via un nouvel outil : les réseaux sociaux.
dans l’hebdo N° 1813 Acheter ce numéro

© Bryan Bedder / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
"Nous sommes la continuité de la lutte de nos ancêtres », tonne Txai Suruí au micro, sous le chapiteau de la Coordination des organisations autochtones de l’Amazonie brésilienne. Devant elle, un parterre de militants qui brandissent leur téléphone pour immortaliser la prise de parole de la « Greta Thunberg d’Amérique latine ».
La jeune femme a été la première autochtone brésilienne à s’exprimer en ouverture d’une conférence des parties à la convention des Nations unies sur les changements climatiques (COP). Son intervention à Glasgow, en 2021, a marqué les esprits. « C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à utiliser les réseaux sociaux, pour souligner l’importance que nous, jeunes autochtones, soyons présents dans les instances internationales », retrace-t-elle en ajustant sa coiffe de plumes jaunes et turquoise. Sur son profil Instagram, suivi par 139 000 personnes, une mosaïque de vidéos explicatives et d’extraits de discours politiques.
Ce 26 avril, Txai, 27 ans, participe à la plus grande mobilisation autochtone du monde, l’Acampamento Terra Livre (ATL). Une fois par an, depuis deux décennies, les peuples originels de tout le Brésil plantent leurs tentes à quelques pas de la place des Trois-Pouvoirs, à Brasília, pour une occupation géante. Objectif : au pied des édifices abritant les instances fédérales supérieures des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, défendre les droits des peuples autochtones en interpellant les acteurs politiques sur leur terrain.
Au programme, des manifestations pour revendiquer la démarcation des terres ancestrales, des hommages et des activités culturelles. « L’ATL est un moment d’union et de transmission entre les 305 peuples autochtones, où la jeunesse a un rôle clé », se réjouit Luan de Castro Tremembé, chargé de la communication de l’événement, qui a accueilli 8 000 personnes cette année, du 22 au 26 avril. Chez les Pataxó, les Suruí ou les Tremembé, l’activisme coule dans les veines. Txai tient sa verve et son engagement de sa mère, Neidinha Suruí. Même quand elle était enceinte, cette militante historique du mouvement autochtone n’a jamais cessé de participer aux protestations.
La jeunesse s’immisce dans tous les espaces grâce à des outils que nos ancêtres ne savaient pas utiliser.
T. Suruí« C’était très important pour moi qu’elle sache dès sa naissance que nous vivons dans un monde où la nature est en danger. Txai a grandi comme une guerrière », explique la quinquagénaire avec fierté. Orpaillage illégal, pollution des rivières, déforestation : les « gardiens de la terre » sont quotidiennement témoins d’atteintes à l’environnement. Selon une étude réalisée en 2016 par la Banque mondiale, les autochtones ne représentent que 5 % de la population du globe, mais sont en contact avec 80 % de sa biodiversité.
« Passer la coiffe »« Toute notre existence tourne autour de la lutte : que nous le voulions ou non, nous baignons dedans
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