Un « sociosolutionnisme » à double tranchant pour l’écologie politique

Pendant du technosolutionnisme, le concept se fraye doucement un chemin sur les réseaux sociaux et dans la vulgarisation scientifique. Simple contre-feu technophile ou mise en garde critique ?  

François Rulier  • 5 juin 2024 abonné·es
Un « sociosolutionnisme » à double tranchant pour l’écologie politique
La Fonderie du Creusot, emblème de l’essor industriel, vers 1820-1830.
© Photo Josse / Leemage / AFP

Apparaissant aux détours de conversations et de messages sur internet, le sociosolutionnisme est un concept émergent, employé notamment par Rodolphe Meyer, docteur en sciences de l’environnement et créateur de la chaîne YouTube « Le Réveilleur ». Consacrée à la diffusion des savoirs scientifiques sur le changement climatique et les moyens de le limiter, celle-ci est proche de nombreux vulgarisateurs comme Osons causer, Heu?rêka ou encore M. Phi. D’autres variantes de cette notion sont défendues sur le réseau X (ex-Twitter), tel le « solutionnisme culturel », sans percer.

Quand on fait des paris importants sur des leviers de consommation, il faut en avoir conscience. 

R. Meyer

Pour Rodolphe Meyer, le concept se veut une réponse à certaines critiques : « Quand on parle de technique, on se voit opposer très rapidement le technosolutionnisme, qui désigne la croyance selon laquelle la technique va tout régler seule. » Ces critiques peuvent vite verser dans un rejet de la moindre contribution de la technique à la lutte contre le changement climatique, au profit de solutions ne reposant que sur des leviers de consommation. « Par exemple, la voiture électrique permet de réduire les émissions. Ce n’est pas merveilleux, mais la solution serait-elle que plus personne n’ait de voiture ? Est-il possible d’en arriver là ? Cela me paraît être un pari très fort. Dans ce cas, on parlerait de sociosolutionnisme. Quand on fait des paris importants sur des leviers de consommation, il faut en avoir conscience. »

Position médiane

Pour autant, l’ambition n’est pas d’opposer deux faisceaux de propositions, les unes techniques, les autres politiques : « J’entends et trouve justifiées certaines critiques portant sur le technosolutionnisme, mais je fais partie de ceux qui estiment contre-productif d’opposer les leviers techniques et les leviers de consommation. » Cette position médiane fait écho aux leviers de réduction des émissions identifiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui incluent tant des évolutions de la demande que des évolutions technologiques.

La démarche s’inscrit également dans le sillon de l’éducation populaire : « Je consacre ma vie professionnelle à essayer d’informer, ce qui est déjà une forme de militantisme. Si l’on se met d’accord collectivement, il est possible de réduire nos émissions.

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