Sénégal : qu’en est-il de la rupture promise par le nouveau pouvoir ?

Trois mois après l’élection de Bassirou Diomaye Faye, les annonces de réformes se multiplient. Face aux très fortes attentes des Sénégalais, l’état de grâce pourrait rapidement se dissiper si la matérialisation des promesses de campagne venait à trop tarder.

Clémence Cluzel  • 3 juillet 2024 abonné·es
Sénégal : qu’en est-il de la rupture promise par le nouveau pouvoir ?
La joie des partisans de Bassirou Diomaye Faye lors du dépouillement du scrutin, le 24 mars.
© JOHN WESSELS / AFP

Une foule de jeunes s’était réunie ce 9 juin devant l’esplanade du Grand Théâtre de Dakar à l’appel du chef du parti Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), Ousmane Sonko. L’ancien opposant, désormais chef du gouvernement, remobilisait et rassurait les Sénégalais. « Nous savons où nous allons. Il nous a fallu dix ans pour construire ce projet. Ce n’est pas maintenant que nous allons nous tromper de combat », a-t-il affirmé dans ce meeting aux allures de campagne. Les nouvelles autorités se savent attendues au tournant : plébiscité dès le premier tour avec 54,28 % des voix le 24 mars dernier, Bassirou Diomaye Faye a été élu sur un programme souverainiste en rupture totale avec l’ancien régime du président Macky Sall.

Exit l’hyperprésidentalisme, la gouvernance est désormais bicéphale. « Il y a une répartition des tâches entre un président qui parle peu et voyage beaucoup depuis sa prise de poste et un premier ministre qui s’occupe surtout des questions sociales et des préoccupations des Sénégalais », détaille Babacar Ndiaye, analyste politique au sein du think tank Wathi. Figure de proue du « projet Pastef », Ousmane Sonko occupe un rôle majeur dans ce nouveau pouvoir qu’il a largement contribué à faire élire. « Ce n’est pas un premier ministre ordinaire. Il a un poids certain par rapport à ce qu’il représente et la vision du Pastef qu’il a toujours portée », précise Babacar Ndiaye. Il jongle ainsi entre ses activités partisanes de président du Pastef et ses fonctions de chef de gouvernement.

Ces derniers mois, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les déplacements dans les pays de la sous-région, réaffirmant ainsi les nouvelles priorités diplomatiques du Sénégal, dans la droite ligne de la vision panafricaniste du Pastef. Un changement de paradigme qui s’illustre aussi par la nouvelle dénomination du ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères. « Il y a une redéfinition de la diplomatie sénégalaise. Ce sont d’abord les intérêts du Sénégal, puis du Sénégal avec les pays voisins, l’Afrique, puis le reste du monde », explique Maurice Soudieck Dionne, professeur agrégé en science politique à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis.

En se rendant dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (Niger, Burkina Faso et Mali) en crise avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le président sénégalais se positionne en médiateur et espère faciliter leur réintégration dans son giron. Hors du continent, il a assisté le 20 juin au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinale en France, et a ensuite rencontré

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