« Constellucination », une échappée littéraire

Dans son premier roman, Louise Bentkowski revisite des thématiques – l’ascendance, la famille, l’héritage… – d’une façon très personnelle et inventive tant dans la langue que par l’imagination mise en œuvre.

Christophe Kantcheff  • 28 août 2024 abonné·es
« Constellucination », une échappée littéraire
Plus on avance dans la lecture de Constellucination, plus on est frappé par sa cohérence, qui fonctionne en rhizomes, et la richesse de ses images.
© Jean Doroszczuk

À la chercher on la trouve, la mention « roman ». Plus précisément même : « premier roman ». Mais elle est discrète, n’apparaissant que sur la quatrième de couverture de Constellucination, de Louise Bentkowski. On serait bien en peine de fournir une définition précise du genre romanesque, tant celui-ci s’est vu qualifier des textes d’allure hétéroclite. Certains ont pu le regretter ; ce ne sera pas notre cas.

La dénomination « roman » étant quasi obligatoire pour avoir quelque chance de figurer dans une rentrée « littéraire » où la concurrence est impitoyable, on ne se plaindra pas que le genre reste accueillant à des formes autres que celle qui monopolise les rayons des librairies : le roman néo-naturaliste. La langue, aussi bien troussée soit-elle, n’y est qu’un flux de mots transparents mis au service d’une intrigue.

Psychologie et faits de société y ont une place de choix, une pincée plus ou moins grande de politique ou de notations sociologiques ne donnant au mieux qu’un arôme de contestation. Comme l’écrivait l’an dernier Philippe Forest dans son essai percutant Rien n’est dit (1) : « De plus en plus rares sont aujourd’hui les œuvres […] qui peuvent prétendre à une relative reconnaissance tout en ne se soumettant pas à l’impératif simple de ce que, conformément aux exigences du marché, l’on considère unanimement comme un 'vrai roman'. »

Constellucination s’écarte avec bonheur de cet impératif. Même si on y trouve des thématiques auxquelles les premiers romans font d’ordinaire la part belle : l’ascendance, la famille, l’héritage, notamment. Dès le début, un ton est donné, qui n’est pas exactement de l’ironie, plutôt de la malice, même si celle-ci est souvent grinçante.

Ainsi à propos de son patronyme, qui vient d’une vallée en Pologne où ses aïeux migrants ont été forcés de se sédentariser, l’autrice écrit : « Cette vallée s’appelait Bentkowski, je m’appelle ainsi. C’est le nom que je porte, carton d’emballage passé de main à main dans une longue chaîne de déménagement sans destination aucune. Tous ceux qui ont été arrêtés dans la vallée ont hérité de ce même nom qui s’est transmis à travers les générations jusqu’à moi. » Mais il y a plus qu’un ton, qui, chez d’autres auteurs n’ayant que cette couleur sur leur palette, peut confiner à la posture.

Patchwork

Voyons de plus près. Pas d’histoire à résumer, donc. Comme on l’a dit plus haut, c’est rafraîchissant. Ce qui n’exclut pas un fil narratif, un récit, mais non linéaire. On peut dire que ce texte procède d’un travail de montage et/ou de fusion. Exactement comme son titre, Constellucination. Deux mots, constellation et hallucination, qui n’en font plus qu’un. « Constellation », parce que Louise Bentkowski, comme elle l’écrit elle-même, tisse ses histoires dans la grande étoffe que forment celles des autres. Nombre de ses paragraphes commencent par « On raconte que », « On m’a dit que » ou « J’ai lu que ». Elle puise dans les traditions anciennes, les légendes lointaines, l’histoire de France et même dans les sciences sociales ! Toutes ces histoires sont ainsi reliées entre elles (par des mots, des points).

Les interrogations de Louise

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Littérature
Temps de lecture : 8 minutes