À Raqqa, les petites mains de la reconstruction
Privés de l’aide de l’ONU, les enfants du camp informel de déplacés de Sahl-Al-Banat, en périphérie de Raqqa, au nord-est de la Syrie, survivent en recyclant du plastique et du métal. Des matériaux essentiels au relèvement de la ville, soumise à un embargo commercial.
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© Lily Chavance
Reportage effectué avec Jiwan Mirzo.
Au milieu de la fumée noire qui émane du camp de Sahl-Al-Banat, virevoltent dans le ciel de petites taches multicolores. En apparence : un lâcher de ballons. En réalité : des centaines de sacs en plastique, témoins de la pollution qui règne dans ce camp de déplacés à l’ouest de Raqqa. Détruite depuis la fin du califat, cette ancienne capitale autoproclamée de l’« État islamique » en Syrie tente de se reconstruire malgré les stigmates.
Sous les 45 °C de l’été syrien, l’air déjà suffocant devient irrespirable. À quelques mètres de chez la petite Kholoud, 10 ans, la décharge à ciel ouvert lâche ses effluves. Depuis 5 heures du matin, l’enfant crapahute, le dos courbé, en sandales dans les ordures. Sa « seule richesse », sourit-elle en montrant du doigt l’étendue funeste où s’entassent cadavres de bouteilles et restes d’emballages alimentaires. Au creux de sa main, un florilège d’objets multicolores. Non pas des jouets, mais des plastiques que la fillette collecte avec soin.
Je suis contente de faire vivre mes proches, mais c’est vraiment une vie de merde.
KholoudElle est chétive, car les poids qu’elle transporte depuis l’âge de 7 ans l’empêchent de grandir. Arrivée il y a huit ans dans le camp, déplacée de la province de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, la famille de Kholoud vit dans une pauvreté extrême et se nourrit grâce au travail de la petite fille. D’un souffle cynique, l’enfant admet : « Je suis contente de faire vivre mes proches, mais c’est vraiment une vie de merde. »
Une ou deux fois par jour, au passage du camion-benne, enfants et adolescents se ruent vers leur nouveau trésor : tout doit être collecté. De l’aube jusqu’à 23 heures, ils ramassent du plastique pour 1,50 euro le kilo. Une fois entassé, le butin encore fumant et puant est acheté par des transporteurs qui enchaînent les trajets vers les centres de tri de Raqqa. Dans d’anciens garages ou locaux de fortune, femmes et enfants poursuivent le travail.
Exploités par des pseudo-employeurs, les enfants sont les piliers du processus du recyclage des plastiques. (Photo : Lily Chavance.)Sans gants, dans ces espaces mal aérés et envahis par la saleté, ces travailleurs de la misère classent les divers types de plastique avant de les envoyer à leur destination finale : l’usine de recyclage. Situées dans les provinces voisines, ces fabriques transforment le plastique en
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