France Travail : de bien commodes indépendants
Prestataire régulier de l’acteur public de l’emploi et d’autres organismes, l’institut d’études La Voix du Client se démarque par son usage quasi systématique des micro-entrepreneurs, dans des conditions qui dérogent aux cadres légaux.
dans l’hebdo N° 1828 Acheter ce numéro

© Antoine Berlioz / Hans Lucas via AFP
"Bonjour, je suis Anaïs, société La Voix du client. Je vous contacte de la part de Pôle emploi, pour qui nous réalisons une étude sur le parcours professionnel des demandeurs d’emploi inscrits en décembre 2021. Auriez-vous quelques instants à m’accorder ? » Cette accroche, Anaïs, 25 ans, la prononçait tout au long de la journée lorsqu’elle travaillait à La Voix du Client (LVDC) en 2022. Elle suivait scrupuleusement le script que lui avait fourni l’entreprise et que Politis a pu consulter, suspendue aux appels à répétition programmés par la plateforme de cet institut d’études français spécialisé dans la télé-enquête.
C’était indépendant sans l’être vraiment, aucun des critères du travail en indépendant n’était respecté.
AnaïsParfois, il fallait interroger des demandeurs d’emploi devenus micro-entrepreneurs. Une situation proche de « l’ironie », concède Maud*, 24 ans, elle-même micro-entrepreneuse lorsqu’elle effectuait ce travail pour le compte de LVDC, comme les autres personnes que nous avons interrogées. « C’était indépendant sans l’être vraiment, aucun des critères du travail en indépendant n’était respecté, décrit Jean, 43 ans. Normalement, on gère soi-même ses horaires et ses tâches. Avec La Voix du Client, il y a un minimum horaire à respecter, et la pression des chefs. On est un salarié un peu déguisé. On comprend bien que c’est juste pour qu’ils ne payent pas les charges. »
La Voix du Client, qui se présente plus sobrement sous son sigle au secteur public, dont il est un prestataire régulier, tire son nom d’un néologisme de l’univers du marketing évoquant les retours de satisfaction des clients. Pas de clients, pourtant, chez France Travail (ex-Pôle emploi), mais des demandeurs d’emploi : salariés licenciés, en fin de CDD ou partis d’un CDI pour se reconvertir, trouver un meilleur travail ou démarrer leur entreprise.
Quoi qu’il en soit, France Travail veut interroger leur « satisfaction » sur les services proposés ou effectuer un suivi sur la création de leur micro-entreprise, un parcours que l’acteur public de l’emploi encourage d’ailleurs largement. Pour mesurer tout cela, France Travail passe des appels de marché auprès de prestataires privés, comme son statut l’y oblige.
Salariat déguiséAvec des prix jusqu’à plus de 30 % inférieurs à ceux de ses concurrents, comme Politis a pu le constater sur des documents internes, La Voix du Client aurait remporté tous les marchés d’enquête téléphonique de l’institution depuis 2021, selon
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Entre l’État et le monde agricole, une confiance brisée
En Lozère, du boulot… mais pas de papiers
Les revenants du mythe entrepreneurial