Frontex : entre critiques croissantes et expansion controversée
L’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes, créée en 2004 pour coordonner les États membres de l’UE dans le contrôle des frontières, a vu son rôle renforcé depuis la crise migratoire de 2015.

© Nikolay DOYCHINOV / AFP
Initialement conçue pour coordonner la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne (UE), l'agence Frontex s'est transformée en un acteur central de la politique migratoire européenne. Pourtant, depuis des années, elle fait face à des critiques constantes sur son manque de transparence, sa gestion des droits humains et des refoulements illégaux de migrants.
Une agence au cœur des débats migratoiresEn réponse aux demandes croissantes des États membres, Frontex a récemment lancé plusieurs appels d'offres pour près de 400 millions d'euros, destinés à renforcer ses capacités technologiques. Ces investissements incluent notamment l'acquisition de drones et de matériel de surveillance maritime, dans le but d’accroître toujours plus sa surveillance des frontières extérieures de l'UE. Aujourd'hui, Frontex bénéficie du plus gros budget de toutes les agences européennes, atteignant 874 millions d’euros en 2024.
Derrière ces sommes, l'agence est régulièrement pointée du doigt par les ONG et associations pour sa gestion controversée des migrants. En Bulgarie, comme le révèle Le Monde, des agents de Frontex ont été témoins de violences commises par leurs homologues bulgares, sans intervenir ni signaler ces abus, comme l'exigent pourtant les procédures de l'agence.
Comme l’explique le quotidien, en se fondant sur des documents obtenus grâce aux lois de transparence européennes, « les agents de Frontex sont régulièrement les témoins d’abus commis par les forces de l’ordre bulgares, qui font pression sur eux pour qu’ils gardent le silence ». Malgré tout, l'agence a récemment triplé ses effectifs en Bulgarie, une décision qui soulève des questions sur son efficacité et sa crédibilité dans le respect des droits humains.
Frontex a également été critiquée pour son rôle lors du naufrage tragique au large de Pylos, en Grèce, en juin 2023, où 650 migrants ont trouvé la mort. Bien que présente dans la zone avec ses drones et avions de surveillance, elle n'a pas émis de signal de détresse. Une enquête du Médiateur européen sur le rôle de Frontex, assure que l’agence n'avait pas commis de faute, mais demande des améliorations significatives. Lors de la publication du rapport, la médiatrice avait déclaré : « Presque huit mois après cet événement tragique, aucun changement n’a été apporté pour empêcher qu’un tel drame ne se reproduise. »
Le virage politique de l'ancien directeurL’année 2024 a également été marquée par le ralliement de l'ancien directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, au Rassemblement national, qui l’a bombardé en troisième position sur sa liste aux élections européennes. À la tête de l’agence entre 2015 et 2022, il était déjà accusé d’avoir couvert des refoulements illégaux en mer Égée.
En 2020, l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) avait perquisitionné ses bureaux, dans le cadre d’une enquête sur lesdits refoulements, révélés par la presse. Deux ans après, une fois le rapport de l’OLAF terminée, Fabrice Leggeri présentait soudainement sa démission. Pour Jordan Bardella, l’ancien patron avait été « poussé à la démission […] parce qu'il agissait contre la submersion de l'Europe ».
25 000 personnes sont mortes sous votre direction quand vous étiez à la tête de Frontex.
M. AubryLors de son premier débat
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