« No Other Land » : flagrant délit de colonisation
Quatre jeunes cinéastes palestiniens et israéliens présentent un témoignage exceptionnel sur la violence coloniale.
dans l’hebdo N° 1836 Acheter ce numéro

© L’atelier Distribution
Mise à jour le 4 mars 2025
No Other Land a reçu ce 2 mars l’Oscar du meilleur documentaire, une récompense d’autant plus exceptionnelle que le film n’a pas trouvé de distributeur aux États-Unis.
Une arme fait encore peur à l’armée israélienne : la caméra. Surtout lorsqu’elle est entre les mains talentueuses de jeunes cinéastes activistes (c’est ainsi qu’ils se définissent) palestiniens, intrépides jusqu’à l’héroïsme, rejoints par un jeune journaliste israélien et une réalisatrice, israélienne elle aussi, avec l’espoir fou de sensibiliser ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas savoir. Ici, pas de grands discours, seulement des images, des images et encore des images d’une force incroyable.
Pendant cinq ans, Basel Adra et ses amis, Hamdan Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor, ont filmé à la dérobée, et au péril de leur vie, la destruction par l’armée israélienne de la communauté de villages de Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie (1). On partage le quotidien de la famille de Basel, des villageois qui vivent de l’élevage de leurs moutons, et de l’antique pompe à essence que tient le père. Une vie agraire qui se transmettait de génération en génération dans la quiétude bucolique d’un paysage rocailleux. Jusqu’à ce que le gouvernement israélien décide de chasser les villageois.
Le processus administratif est toujours le même, aussi hypocrite que brutal. Israël prétend réquisitionner la terre pour des essais militaires, celle-ci est déclarée « zone de tir 918 », avant de la céder aux colons, voyous dépenaillés qui lancent leurs pierres et brandissent leurs armes à l’abri des militaires. Le malheur s’abat sur les villageois quand une masse sombre apparaît à l’horizon. Quelle maison, quelle famille sera cette fois la proie de cette armada de blindés et de bulldozers ?
Machine à détruireLe choc est terrible quand ces robocops sans visage pénètrent dans le village, fusils-mitrailleurs au poing. Il y a là, en civil, le
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