Festival des 3 Continents : « La dimension politique des débuts n’a pas été abandonnée »

La programmation très cinéphilique du rendez-vous nantais offre un regard sur notre monde en souffrance. Rencontre avec son directeur artistique, Jérôme Baron.

Christophe Kantcheff  • 13 novembre 2024 abonné·es
Festival des 3 Continents : « La dimension politique des débuts n’a pas été abandonnée »
"Hanami", de la Portugaise Denise Fernandes, offre une réflexion sur la condition de l’être capverdien.
© Alina Film

L’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Sud : tel est le cœur de cible du Festival des 3 Continents, dont la 46e édition s’ouvre à Nantes le 15 novembre. L’occasion de rencontrer le directeur artistique, Jérôme Baron, d’un festival toujours passionnant qui, cette année, à côté de la compétition et de séances spéciales, propose notamment un hommage à la grande actrice indienne Shabana Azmi, en sa présence, et une rétrospective du cinéaste hongkongais Derek Yee.

De quel désir est né le Festival des 3 Continents, en 1979 ?

Jérôme Baron : Les premières motivations des fondateurs du festival, Alain et Philippe Jalladeau, étaient cinéphiliques. Au fil des rencontres et des voyages, l’idée est venue de donner une visibilité à des cinématographies qui existaient peu, voire pas du tout, sur les écrans européens et étaient très minoritaires dans les festivals internationaux du type Cannes ou Venise. Par exemple, dans ces années-là, on découvre des grands maîtres du cinéma japonais comme Ozu et Naruse. D’où la nécessité de repenser et de réécrire notre histoire du cinéma, qui avait jusqu’alors un point de vue essentiellement européen et nord-américain.

Nous restons attentifs à la capacité des films à renouveler esthétiquement la façon dont le cinéma raconte un état du monde en mouvement.

En outre, sans qu’il s’agisse d’une volonté des fondateurs, des personnes qui étaient très politisées précédemment mais qui, à la fin des années 1970, se sentent orphelines de leurs engagements et, pour certaines, sont intéressées par le cinéma voient dans les films proposés à Nantes la possibilité de prolonger leur préoccupation tiers-mondiste ou géopolitique. Ces deux dimensions ont fait que le festival a eu d’emblée une résonance très forte.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous restons attentifs à la capacité des films à renouveler esthétiquement la façon dont le cinéma raconte un état du monde en mouvement, d’autant qu’il en est préoccupé. Ce qui a changé, c’est la circulation des films dans un contexte global et numérique. Quand, par exemple, je reçois un film indonésien, je dois faire partie de la cinquantaine de responsables de festival l’ayant reçu. Cela dit, en ayant accès à de nombreux films, on comprend mieux dans quelles conditions ils sont fabriqués et la manière dont ils se connectent au monde qui les entoure. Et comment des esthétiques réagissent les unes aux autres comme dans un processus géologique.

Par ailleurs, la dimension politique des débuts n’a pas été abandonnée par le public, elle a évolué avec celle du monde et les rapports qu’entretiennent le Nord et le Sud. Elle s’est transmise auprès des nouvelles générations. C’est aussi parce que nous ne perdons

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Cinéma
Temps de lecture : 8 minutes